samedi 4 juillet 2009 13:37
Gazouiller, donc…
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
C’est fait ! Tout bouleversé par la « révolution Twitter », j’ai l’autre lundi franchi le pas ; désormais, je suis un twitterer, moderne et passif voyeur du réseau de « socialisation » qui affiche un piaf sur sa page d’accueil (car twitter, en anglais, se dit gazouiller). Après m’y être fait présenter (« Look who is here ! ») plein de nouveaux amis bourrés de thune et de prestige, j’y pris un pseudo qui, deux jours après, me faisait sous lui recevoir des nouvelles de deux collègues sollicités accidentellement – mais par mes soins, m’ont expliqué les geeks du journal (qui n’ont, en revanche, pas su me dire par quel arbitraire ou coïncidence Twitter les avait soumis à mon attention). Sur Twitter, j’ai comme tout le monde été prendre la température de « la rue iranienne ». Avec la curiosité morbide à quoi le principe oblige, j’ai vu passer en boucle les liens renvoyant sur la Toile à l’agonie de Neda Agha-Soltan, abattue, semble-t-il, par un barbare barbu, et lentement, son sang transformer en mosaïque pixelisée son pâle visage de « martyre ». J’y ai peu appris. A cette heure, je ne suis même pas sûr de l’âge de la jeune femme, âge qui il est vrai importe peu, mais dont l’indécision me fit soudain douter (c’est, que voulez-vous, réflexe professionnel) des conditions qu’on me donne pour celles de sa mort, et que l’histoire pourtant retiendra. A moins qu’elle ne retienne, l’histoire, le cadre plutôt que le contenu. A moins que, pour signifier ces journées d’urnes volées et d’émeutes tremblées, la technologie de Twitter finisse par incarner, mieux même que « l’icône » Neda, la révélation véritable de la révolution. A moins que, plutôt qu’un vaste mouvement de millions d’hommes et de femmes en marche, celle-ci se découvre bientôt réductible à une addition de performances individuelles, de coups de main technologiques dont la Toile serait l’arbitre et le témoin ; et le fossoyeur, tant tout, à terme, qui y passe, s’y neutralise et dissout. Michael Jackson sera le suivant.
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