lundi 17 décembre 2007 11:39
Geenstijl ou l’impertinence à la sauce hollandaise
En partie racheté par un quotidien conservateur, le site satirique devenu populaire poursuit ses révélations en ligne.
par Sabine Cessou
DR
Geenstijl, « sans style », c’est le nom que s’est choisi un site d’informations impertinent, lancé en 2003 aux Pays-Bas, qui revendique 2 millions de visiteurs par mois et représente à lui tout seul un phénomène de société. Au départ, News Media, une petite société d’Amsterdam, décide de lancer un weblog satirique et interactif, fait par des journalistes et des internautes. Sa devise : « Vous vous foutez de nous ? Nous aussi ! » Geenstijl s’est vite imposé comme une référence, en dénonçant tous azimuts, dans un langage cru, les petits scandales de la politique intérieure, les extrémismes de tous bords et le journalisme conventionnel. La mayonnaise a pris. Le site est l’un des plus populaires aux Pays-Bas, même si l’on se base sur les chiffres de la Fondation pour la publicité sur Internet (Stir), moins gonflés que ceux de Geenstijl, 620 000 visiteurs en mai. Le site a été racheté à 40 %, en mars 2006, par De Telegraaf, quotidien conservateur le plus lu du pays. Dans la foulée, Geenstijl s’est lancé dans les livres à succès, avec un bilan de l’année, 2006 Zuigt (« Foutaises 2006 ») suivi par le Grand Livre des vacances sans style en juillet 2007, avec bons mots et jeux pour la plage. Un projet télé a capoté, après le refus d’une diffusion en prime-time par Nederland 3, une chaîne publique. Dominique Wessie, le directeur, se réclame d’une culture de tabloïd anglais. Cet ancien reporter politique du Telegraaf ne veut prendre de gants avec rien ni personne. Ses détracteurs n’en trouvent pas moins Geenstijl profondément réac. Ancré dans un syndrome « post-Fortuyn », du nom du défunt leader de la droite populiste, assassiné en 2002, Geenstijl a participé à la libération de la parole des Néerlandais, très longtemps clouée par le politiquement correct d’une société bien pensante. Les quinze membres de la rédaction filtrent informations et réactions, qui ne sont pas toutes publiées. Les dérapages, cependant, font partie du système. En mars 2007, le site a été rappelé à l’ordre par le Conseil du journalisme, après diffusion de la vidéo d’un meurtre. Les noms et photos des suspects avaient été publiés, alors que la justice requiert leur anonymat. Dans une lettre ouverte, Geenstijl a répondu par un doigt d’honneur, traitant la plus haute instance éthique du journalisme de « tigre de papier ». L’affaire s’est terminée en justice, où Geenstijl a en partie obtenu gain de cause. Dernier coup en date : une révélation largement reprise par la presse nationale, fin novembre, d’une fellation pratiquée par une conseillère municipale conservatrice sur un échevin travailliste de Nijmegen, dans le garage à vélo de la mairie, sous l’œil des caméras de surveillance.
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