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lundi 19 novembre 2007 10:15

  • télévision

Génocide rwandais : fiction de rappel pour la France

par Christophe Ayad

tags : politique , polémique

DR

Alors qu’Hollywood fait déjà son miel – amer – de la débâcle américaine en Irak, il aura fallu attendre treize ans pour qu’une fiction française ose se colleter au rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda. Et Opération Turquoise, le téléfilm d’Alain Tasma, coécrit avec Gilles Taurand, touche juste. Leur film s’attaque à l’une des opérations les plus discutables de l’armée française. Fin juin 1994, alors que l’essentiel du génocide, qui a débuté le 6 avril, a eu lieu, Paris fait le forcing pour obtenir de l’ONU un mandat militaro-humanitaire, destiné officiellement à sauver les survivants des massacres.

Pourtant, les ambiguïtés ne manquent pas : la France a formé et soutenu l’armée rwandaise, notamment la gendarmerie et la garde présidentielle, qui ont joué un rôle essentiel dans les massacres de civils ; elle a combattu directement les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais de 1990 à 1993 ; ses soldats ont participé à des opérations de police consistant à « trier » des civils à des barrages sur une base ethnique… Après avoir retiré ses hommes – mais pas ses conseillers – à l’automne 1993, l’armée française revient après le début du génocide pour exfiltrer ses ressortissants et des hiérarques du régime hutu extrémiste, abandonnant à la mort les personnels tutsis de l’ambassade de France et du Centre culturel français.

DR

Enfin, pendant les faits, Paris est la seule capitale occidentale à recevoir le gouvernement intérimaire, organisateur du génocide d’une partie de sa propre population. Lorsque les soldats français débarquent, fin juin, avec leur mandat humanitaire, personne n’y croit, étant donné le passé chargé de la France au Rwanda. Les Hutus accueillent ceux qu’ils croient leurs sauveurs avec des drapeaux tricolores et aux cris de « Vive Mitterrand ! » ; les rescapés tutsis pensent qu’on vient les achever ; et le FPR est certain qu’on vient lui voler une victoire militaire à portée de main face à des Forces armées rwandais plus occupées à massacrer femmes et enfants qu’à défendre ses positions. De fait, le malentendu est aussi profond au sein de l’armée française, à qui personne n’explique qui tue qui, ni pourquoi. Opération Turquoise montre l’hétérogénéité du contingent français, où se côtoient des corps différents, des nouveaux venus au Rwanda et d’anciens instructeurs de l’armée rwandaise, qui retrouvent leurs « élèves » ivres de sang et d’atrocités. Certains gradés ne rêvent que d’en découdre avec le FPR et pensent que c’est le souhait du gouvernement français.

D’autres découvrent peu à peu la réalité, comprenant que les officiels rwandais, qui se proposent complaisamment de faire office de traducteurs, sont des génocidaires. Ils ne comprennent pas qu’on leur demande de sauver des vies mais sans mandat pour arrêter les assassins. Opération Turquoise montre les limites des « guerres humanitaires » : une armée est plus faite pour combattre que pour sauver des civils. Au final, l’opération a sauvé une dizaine de milliers de vies – sur 800 000 morts ! –, mais a surtout permis l’exfiltration de centaines de milliers de génocidaires hutus, présentés comme les victimes d’une guerre civile, ainsi que de l’armée rwandaise en déroute. La France en a tiré argument pour jeter le voile sur son action passée. Pourtant, une plainte visant l’armée française est en cours d’instruction à Paris. Et le Rwanda doit bientôt rendre publics les résultats d’une commission d’enquête sur le rôle de Paris.

Opération Turquoise
Sur Canal +
Lundi 19 novembre, à 20h50


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