vendredi 26 mars 2010 09:24
Géolocalisation 2.0 : bio et amincissante
par Daniel Foucard
tags : géolocalisation , Libé des écrivains
capture de Chatroulette Map
[Le texte qui suit a été publié dans le Libération des écrivains paru hier, Daniel Foucard est l’auteur des ouvrages Cold, Civil et Classe paru aux éditions Léo Scheer] L’espion vedette des réseaux sociaux est le sournois et lucratif algorithme de géolocalisation qui accompagne les Twitter, Facebook ou autre Chatroulette, parfois à l’insu des utilisateurs. Il enracine des tweets, isole des profils sur un territoire donné, réinvente la communication villageoise et vise même, pourquoi pas, le zéro empreinte carbone. Vous avez déjà testé le célèbre panier bio livré à domicile. Mais si. Des fruits de saison, des légumes de région, sans produits chimiques ni kérosène éparpillé pour le transport. Quoi ? Le prix ? Mais ce qui est bon pour la santé et la région n’a pas de prix. Comme n’ont pas de prix les tweets avisant votre boulanger que vous passerez près de chez lui dans cinq minutes ou tous ces amis Facebook, qui sont plus près de vous que de trop lointains amis, ou encore ces très baisables compagnons potentiels qui viennent d’être regroupés dans la gare de triage Chatroulette, rue de l’Opéra. Quel pédagogue NTIC expliquait récemment qu’une pizza se divisait pour se consommer alors qu’une information internet se démultipliait en s’échangeant ? On passait ainsi d’une économie formelle à une économie informelle et nos prospectivistes pouvaient dès lors introniser nos réseaux sociaux et leur surcharge de widgets : vérificateurs absolus de la physique net. Or, les nouvelles technologies ont aussi leur géométrie très spéciale. Quand elles tendent à se dilater trop et trop vite, un phénomène de rétrécissement vient toujours corriger le tir, par souci d’oxygénation, vraisemblablement. Déjà, Twitter et ses trois-quatre lignes orthographiées ont annoncé la cure d’amaigrissement, autant que le sommaire mais efficace Chatroulette : next next next next next, etc. Restait à économiser l’hectare superflu, à rapprocher les contacts sur zone. L’algorithme y pourvoit. Par un curieux effet de synergie avec les légumes de saison, l’information a regagné un territoire local, voire champêtre, disons un mince rayon d’action autour de l’émetteur, comme si les paquets informatiques devaient, eux aussi, économiser du kérosène. Qu’importe ses usines à serveurs surchauffées qu’on ventile à coup de gigawatts puisque les échanges se font dorénavant au village, sur la place du marché, en ouvrant la fenêtre. On gagne en fraîcheur, on fait glisser les calories, on se rappelle surtout à quel point nous sommes effectivement entrés dans l’ère du géographique et pas dans celle de l’événement, comme on le croit trop souvent. Le numérique n’a pas dissocié les groupes sociaux, ni favorisé l’autisme individualiste et apatride, il a d’abord homogénéisé, survolé les frontières et les lois, puis il a regroupé, ramené au bercail, simplifié. Ce mouvement de dilatation/contraction s’est joué sur une carte. Tout compte fait, la géolocalisation est une écolocalisation. Elle regroupe nos centres d’intérêt à portée de Vélib’. Et quand un ami a essayé de monter un club de bourrée auvergnate à Valparaiso, ce sont des Clermontois qui ont répondu. L’industrie n’avait plus qu’à s’en inspirer. Comme l’a déjà fait le commerce de proximité qui, en zoomant ses maps à domicile, a vu combien les données augmentaient, les noms des rues aussi, même nos fenêtres ouvertes ou fermées dénoncées par un Street View. Les bonnes affaires se font là où les flux sont tendus et le zoom simplifie drôlement les tâches. Le fitness écologique s’est trouvé des alliés de poids. Bonjour chez vous ! Et la surveillance ? L’indiscrétion ? L’intimité ? Mais vous allez nous lâcher avec ces trucs. On veut mincir, point. Paru dans Libération du 25/03/2010
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