mercredi 18 août 2010 16:07
« Gerridae » (3/5) : Dernière ligne d’eau
par Virginie Malbos
tags : éducation , communication , Gerridae
/ Artwork Gerridae
Onze étudiants lyonnais ont eu trois mois pour réaliser leur projet de fin d’études : un jeu nommé « Gerridae ». Nous les avons suivis. Vous pouvez retrouver le premier article : Un nouveau jeu est appelé araignée.
Il arrive qu’un sprint final se gagne en petites foulées. Une série de pas en avant réalisés sur la pointe des pieds, et ponctués s’il le faut de quelques marches arrière. Une chorégraphie rythmée par le décompte des jours et la fin de l’année scolaire. Voire la fin des études tout court pour la majorité d’entre eux. Alors le stress est là, palpable. Il n’est pas nouveau, il gagne seulement en intensité tandis que les étudiants observent la dernière ligne droite se profiler devant eux. Cinq jours, un week-end, puis deux jours pour défendre ce bébé qu’ils ont élevé durant trois mois. Deux jours qui sont leur objectif, avec en ligne de mire deux présentations d’une vingtaine de minutes. Rien de plus. Il faudra être concis, précis, et surtout à la hauteur. L’araignée d’eau Gerri n’en attend pas moins. « Nous ressentons un mélange d’angoisse, d’appréhension et d’impatience. On a hâte de voir ce qui va arriver. Hâte de pouvoir enfin montrer et faire tester notre jeu terminé », résume Richard Stankiewicz, le « chef de projet » Gerridae. Et son impatience se ressent d’autant plus que la semaine sera consacrée à régler des détails, et à préparer une présentation la plus efficace possible. Un exercice qui ne leur est pas familier et qui pour certains se révèle même déplaisant. Mais c’est décidé, quatre d’entre eux se chargeront de vendre le jeu. Trois level designers : Richard Stankiewicz, Bruno Julien et Bastien Fontaine, ainsi qu’un infographiste : Yann Trieu, prendront la parole pour expliquer leur démarche. Une fois les rôles répartis, il reste cependant du travail. Et en la matière chaque mot compte.
Il y a ceux à proscrire, et ceux à caser. Ainsi, ne jamais parler de « produit » devient une évidence, et « l’immersion », « l’accessibilité » ou « le fun » se doivent d’être évoqués. Des principes qu’ils ont appris à force de curiosité et de perfectionnisme. Leurs lectures leur ont fourni les principales bases de réflexion. La société Zallag, éditeur de jeu vidéo et parrain du projet a nuancé le tout. De quoi offrir des réponses aux multiples questions qu’ils se posent. Quand doit-on montrer le jeu ? Faut-il faire une vidéo de présentation ? Que mettre dedans ? ... Cinq jours, et deux présentations blanches devant des professionnels, seront nécessaires pour trouver enfin toutes les réponses à ces interrogations, et établir un texte définitif, pourvu d’une bonne dose d’humour.
Car si l’équipe a décidé de jouer le jeu, pas question de renier ce qu’elle est. L’humour sera donc de la partie, et les gadgets aussi. T-shirts, flyers et posters ont été prévus ainsi qu’une araignée d’eau réalisée en polystyrène. Lors des présentations, elle trônera
entourée de plantes amenées pour l’occasion. « On essaie de vendre une expérience plutôt que de la communication », précise Richard. Une expérience qui n’a pour limite
que leur imagination. Cartes de visites imperméables flottant sur l’eau ou tapis de souris Gerri, il ne manque qu’un peu de temps et d’argent pour voir apparaître une boutique Gerridae. Mais les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, surtout lorsque le travail n’est pas terminé. Car côté infographistes, on prépare aussi la présentation. Mise en page des flyers et posters, création des jaquettes du jeu qui seront présentes sur les boîtes, ou réalisation de bande-annonce, le moindre détail compte. Et même si cela implique de modifier à nouveau le jeu comme l’explique Bastien Fontaine. « Chaque jour on se dit qu’on l’a fini. Chaque soir on le fait essayer à des amis. Et chaque fois on se rend compte que quelque chose ne va pas. Un détail qui n’est pas à sa place mais qu’il faut tout de même corriger ». Des rectifications qu’ils réaliseront jusqu’à la dernière minute, y compris mardi soir, avant la présentation définitive du jeu au Gamagora Game Show. À ce titre, tout est passé au crible afin de parer au moindre problème. Mais ce n’est pas si facile. « C’est une période où tout ce qui n’a pas réglé ressort », résume Richard tandis que de rares disputes rompent le quotidien paisible du groupe. Des problèmes personnels, aux fichiers introuvables sur l’espace de sauvegarde commun, en passant par les modifications « en sous-marin » du travail d’un autre pour l’adapter à son goût, le moindre mot prononcé peut créer des étincelles. Une situation qui s’explique par la pression qui monte. « On a hâte d’être récompensé pour le travail qu’on a accompli. On serait déçus si on n’arrivait pas premiers », résume Bruno. Alors, ils mettent la barre toujours un peu plus haute. « On est conscients que le travail qu’on présentera mardi est la vitrine de la formation , ajoute Richard. En valorisant ce qu’on a fait, on permet à la formation de se développer. Et nous, cela nous permettra d’avoir un diplôme qui signifiera quelque chose ». Lire la suite : « Gerridae » (4/5) : « Notre travail consiste à faire plaisir aux gens, c’est un luxe »L’art délicat de la séduction
La com’ façon Gerri
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