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vendredi 20 août 2010 15:48

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« Gerridae » (5/5) : Un jeu qui coule de source

par Virginie Malbos

tags : éducation , Gerridae

/ Artwork Gerridae

Onze étudiants lyonnais ont eu trois mois pour réaliser leur projet de fin d’études : un jeu nommé « Gerridae ». Nous les avons suivis. Vous pouvez retrouver le premier article : Un nouveau jeu est appelé araignée.

 

« Ce jeu est horrible ». Le verdict tombe comme un couperet, il est sans appel. Mais heureusement pour l’équipe de Gerridae ce n’est pas celui du jury. Derrière ces propos : Richard Stankiewicz, chef de projet, qui à l’image du groupe se révèle fatigué, stressé, mais aussi heureux d’avoir fini sa dernière journée en tant qu’étudiant. Nous sommes vendredi, le week-end arrive, studieux, à répéter les présentations et à y insérer une bonne dose d’humour. Conscient de son effet, Richard ajoute en guise d’excuse : « Après trois mois de travail sur un projet on ne voit plus que ses défauts. Mais je ne doute pas que d’ici quelques semaines, avec un peu de recul, je saurai l’apprécier de nouveau ». Et en attendant, il finit le boulot correctement et répète son texte indéfiniment. Toujours les mêmes propos, toujours le même ton, de peur d’oublier ses mots le jour fatidique : « Bonjour, je suis Richard Stankiewicz, chef de projet sur Gerridae… »

Des mots qu’il a toujours à la bouche lundi matin à huit heures et demi, alors que l’équipe attend patiemment de passer devant le jury. Le rendez-vous a été donné à neuf heures pour les professionnels et les enseignants. Gerridae sera le dernier projet présenté. Il s’agit donc de contenir le stress d’ici là, et de régler quelques détails. Premier d’une longue liste : trouver Yann Trieu. Car le graphiste manque à l’appel. Une situation qui aurait pu s’avérer grave si l’équipe n’avait pas senti le coup venir. Depuis quelques jours, les allergies aidant, il n’était pas au meilleur de sa forme. Deux jours avant, Florian Militello a donc repris en main la présentation du travail des graphistes. Mais la présence du jeune homme est requise, ses collègues ayant préparé un trait d’humour reposant sur sa coiffure, une manière de détendre l’ambiance durant la présentation, qui tomberait à plat sans lui.

Pendant que certains cherchent Yann - qui s’avèrera être chez le médecin et arriver à l’heure - d’autres s’activent ailleurs. Car l’équipe a conçu un décor pour sa présentation. Il s’agit donc de ramener les plantes à l’école, ainsi que l’araignée d’eau géante construite en polystyrène. Pour quelques uns, c’est l’occasion de découvrir l’insecte en vrai, alors qu’ils avaient suivi son évolution grâce aux photographies prises par Florian, devenu artisan et peintre durant la semaine. En parallèle, des petites mains peaufinent la présentation : en plus des flyers distribués aux membres du jury et présentant l’araignée d’eau durant les quatre saisons, l’équipe veut offrir des dvds du jeu. Mais le perfectionnisme aidant, la dernière version du jeu prend du retard et l’équipe n’a plus le temps pour graver les dvds. Qu’importe, la jaquette et le disque s’étant parés des couleurs de Gerridae, l’équipe va tenter le tout pour le tout et montrer au jury un dvd qui a tout du définitif, mais non gravé.

Vingt minutes pour convaincre

S’ils présentent des risques, les préparatifs de dernière minute ont au moins l’avantage de canaliser l’angoisse. Pour autant, l’équipe n’oublie pas que d’autres élèves présentent pendant ce temps leur projet. Alors, ils s’interrogent : comment agit le jury ? Que demande-t-il ? Quelles sont les critiques ? Des questions sans réponse jusqu’à ce que l’équipe de Luna sorte de la salle, la mine déconfite. Certains s’en émeuvent, d’autres, jaugeant l’évolution des différents projets s’y attendaient. Les plus compétitifs s’accordent à dire que le danger vient d’ailleurs, du jeu suivant : Bugs save the queen. Et l’attente reprend. Jusqu’à ce que la seconde équipe sorte de la salle où siège le jury. Cette fois pas de conclusions hâtives. Il en sera de même avec le troisième groupe, celui de Games Inc. Mais l’équipe est trop concentrée pour le remarquer. Les visages sont fermés, et les sourires un peu crispés. Seul Bastien Fontaine tente de détendre l’ambiance, auto-motivant le groupe à coup de « Mais non, on va finir premiers ! ».

Un optimisme nuancé par le perfectionnisme de chacun. Côté programmeurs, on regrette le manque de temps. Xavier Richter résume : « Je suis frustré. Content vis-à-vis de ce que nous avons réalisé par rapport aux attentes qu’on peut avoir d’un projet étudiant, mais si nous avions eu trois mois de plus, il y aurait eu moyen de faire quelque chose de vraiment bien ». Et Marcelino Lopez de renchérir : « Nous aurions bien voulu avoir plus de temps. C’est notre bébé et nous aurions bien aimé lui offrir encore mieux ». En revanche, au niveau graphisme, « nous sommes arrivés à ce que l’on voulait » , estime Florian. Un point sur lequel toute l’équipe le rejoint, contents de l’aspect final de Gerridae. « C’est sûr, on aurait pu faire plus, rajouter des niveaux etc., mais au final on a quelque chose qui tient la route. 90% du travail est fait. Il reste peu de choses à rajouter », conclut Bastien. Un état d’esprit nécessaire avant de rentrer dans la salle, les plantes dans les mains : Richard, Bastien, Florian et Bruno vont devoir convaincre le jury des qualités de leur jeu.

Et comme prévu quelques heures auparavant, la présentation débute sur un « Kikoo bonjour, je suis Richard... ». Une intervention qui donnera le ton durant vingt minutes, jusqu’à l’explication finale, et inattendue, à base de « Geriddae : un jeu qui coule de source ». Entre temps, le jury se sera montré séduit, tant par la production que par le discours, et ce malgré quelques frayeurs et oublis dans le texte préparé. Mais les images de Gerri sur la plage en été ou devant la muraille de Chine auront produit leur petit effet et autoriseront les étudiants à se sentir soulagés. Pas tout à fait comblés pour autant, ils devront attendre quelques jours pour obtenir leurs notes, et regretter un accroc à leur présentation : un membre du jury est parti avec un des dvds non gravés du jeu. Une astuce de commercial dont il ne leur sera pas tenu rigueur. D’autant que le lendemain, lors du « Gamagora Game show » - la présentation au public des travaux des étudiants - la dizaine de minutes accordées ne souffrira d’aucun problème majeur.

Tout comme le résultat obtenu. Avec une note maximale et un jury séduit, les onze papas de Gerri ont quitté, début juin, une araignée d’eau comblée. Pour mieux se tourner vers d’autres impératifs professionnels : un stage qui mettra définitivement fin à leurs études. Pour autant, l’insecte n’a pas tout à fait dit son dernier mot. Épaulés par leur parrain, Zallag, les jeunes professionnels devraient dès septembre se retrouver pour offrir à Gerri de nouvelles aventures, et ce sur quatre saisons. Pour l’instant, tout cela n’est qu’un projet, mais l’équipe tient à le voir aboutir. D’autant que l’araignée d’eau leur a ouvert des portes : jusqu’en octobre ils participent au concours Ganuta, et seront présents avec Gerridae au festival du jeu vidéo de Versailles.


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