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jeudi 18 février 2010 09:56

  • cinéma

Gibson, charge et cogne

par Bayon

DR

Hors de Contrôle de Martin Campbell avec Mel Gibson, Ray Winstone, Bojana Novakovic… 1 h 52.

Dès qu’il paraît dans l’aérogare, père marqué égal à lui-même, on mesure combien il nous a manqué. L’homme de Payback (sinon de l’Année de tous les dangers, Mad Max, Ransom), l’homme d’action revient, les affaires reprennent : Hors de contrôle, encore mieux…

Entre-temps - en oubliant Nous étions soldats (2002) -, de Signs (2002) à Edge of Darkness (titre original d’Hors de contrôle d’après la série TV), Mel Gibson, 54 ans, n’a pas chômé. Cinéaste, il a donné au 7e art un de ses monuments, la Passion du Christ, avant Apocalypto, autre ovni mystique, en attendant son film de prison au même Mexique maya, et sa saga viking avec DiCaprio. Dans Patriot (2000), son dernier grand rôle, il adoubait feu-Heath Ledger (son fils de script, bientôt Chevalier, qui le jugeait couard), inscrivant là à son propre palmarès dramatique une de ses scènes d’anthologie épiques (Ah, je suis lâche !). Sans oublier la mort…

Mel Gibson avait en effet résolu de se tuer, pour raisons noires tout à son honneur, quand sur la margelle de sa défenestration il conçut l’idée de génie de sa crucifixion araméenne, qui différa son suicide ; bientôt troqué pour un sain divorce et un remariage de passion 2009.

Ici, tout de même moins extrême dans la performance physique, Gibson, qui se resuicide certes en passant (aux becquerels), avoue, avec de beaux restes virils ombrageux, un poil de ventre et moins de cheveu. Rien d’irréparable, eu égard aux milliers de canettes à la clé (avec esclandres et violences à agents cuités, plus ou moins racistes mais suivis de mea culpa et rehabs).

DR

Après tout cela, la rage de « l’Homme tranquille », l’instinct de vie (i.e de mort) du bon pionnier chrétien de l’american dream génocidaire,est là qui veille, qui grésille, et frappe.

Personne n’a jamais joué la fureur froide comme Mad Gibson (Travolta peut-être, Daniel Craig dans Casino Royale - du même cinéaste signant Hors de contrôle, au fait…). Là, trois ou quatre fois, la foudre Mel passe : à la porte (cogne avec le flirt de fifille) ; en bagnole, plus carrée (vitre pétée et calibre au cou…) ; sur l’avenue (bel emboutissage frontal d’averto aux Men in black) ; en route (flingage de pare-brise lancé, tuerie contrôlée, tonneau lacustre incontrôlé) ; dans l’escalier (tir aux pigeons Terminator sur vermines humaines) ; et plus si affinités dégénérées…

Hors de contrôle, navet noir valant à deux titres : le retour de Mel Gibson et l’affiche (la même chose en fait), se joue à Boston en 1990, entre nucléaire et antinucléaires confondus. Il y a de la grosse légume pourrie en promo, des polices de polices parallèles, du terrorisme antiterrorisme, des petits bras au bras long à mains sales… De fil en aiguille et de père en fille, force têtes sauteront, certaines décoiffées au Magnum.

Aux fumiers le meilleur, c’est connu ; celui du récent Livre d’Eli (con et agréable) sortait le grand jeu ; deux du jour se distinguent plus en douce. Onctueux, diserts, ce sont notables gluants d’impunité obscène. L’une de ces salopes convenues dit au gradé un peu strict Gibson, sur l’air de « Diogène qui cherchait un homme » à la lanterne : « Vous et moi, on n’est pas mal » ; l’autre demande avec une gourmandise métaphysique au père de l’héroïne anéantie (par lui) : « Sans indiscrétion, qu’est-ce que ça vous fait ? » Ça.

Paru dans Libération du 18/02/10


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