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mardi 29 mars 2011 17:22

  • télévision

« Glee » et chochottements

par Alexandre Hervaud

tags : série , musique , M6

Photo 20th Century Fox

Glee, épisodes 1, 2 et 3/22
M6 (à suivre ensuite sur W9), ce soir à 23 h 05.

 

Glee est une série horripilante. Pas mauvaise, ça serait trop simple. Non, ce qui énerve avec cette série américaine pour ados créée par Ian Brennan, Brad Flachuck et Ryan Murphy, c’est son perpétuel grand écart, façon pom pom girl bourrée, entre drôlerie maîtrisée et mièvrerie insupportable de ridicule.

Rappel des faits : quatre mois après la diffusion de son épisode pilote, la première saison de Glee débarque sur la chaîne Fox en septembre 2009 (1). Carton plein pour ce show musical dont les nombreux produits dérivés se vendent comme des petits pains. Située dans un lycée, la série suit les mésaventures de Will Schuester, un prof d’espagnol dont le mariage bat de l’aile, qui décide de réanimer la chorale (« glee club », en VO) du bahut. Les élèves volontaires pour son atelier constituent un melting pot à faire passer la plus œcuménique des pubs Benetton pour un cas de discrimination avéré : la chorale compte en son sein du lycéen asiatique, black, latino, bègue, handicapé, juif, gay, et on ne voit guère que la communauté albinos qui aurait pu être oubliée. Si on se gardera bien de railler cette saine représentativité, son côté mécanique et parfois caricatural (bien entendu, le jeune homo chante dans les aigus comme une fille !) a parfois de quoi irriter.

 

Photo 20th Century Fox

 

Dans ses bons moments, Glee rappelle le regard tendre et drôle de certains teen movies de John Hughes (Breakfast Club, Seize Bougies pour Sam). Ryan Murphy, à qui l’on doit l’inégale série Nip/Tuck, peut être inspiré quand il s’agit de ciseler des répliques futées, notamment via l’utilisation de voix off.

Dans une série qui compte un grand nombre de personnages (on parle d’ailleurs dans ce cas de casting choral, CQFD), impossible de réserver le même traitement à tous les rôles. Des « chouchous » se manifestent, éclipsant la concurrence et devenant des raisons à part entière de regarder - ou subir- le show. Dans la sitcom How I Met Your Mother, par exemple, c’est le cas de Barney, joué par l’histrion Neil Patrick Harris. Du côté de Glee, ce chouchou se nomme Sue Sylvester, la professeure ès pom pom girl incarnée par l’hilarante Jane Lynch. Eternel second rôle comique du cinéma américain, Lynch, qui illuminait la première saison de Party Down, joue à la perfection la vieille bique aigrie conservatrice, homophobe et raciste prête à tout pour mettre des bâtons dans les roues de la chorale qui menace la popularité de son troupeau de cheerleaders.

 

 

Ses apparitions sont autant d’instants de grâce hélas suivis d’incartades mélo dignes des pires soap operas. La palme revient, dans la première saison, à l’arc narratif traitant de la grossesse de deux personnages (l’une est vraiment en cloque, l’autre simule), qui vire au grotesque.

On oublierait presque d’évoquer le principal attrait de la série pour les « gleeks » (contraction de Glee et geek, le terme désigne les fans ; on propose « glauques » pour la VF), à savoir la musique. Chaque épisode comporte son lot de scènes chantées à partir de reprises de standards pop. Les titres revisités par les acteurs sont par la suite vendus en CD et sur iTunes, où ils cartonnent. Les labels ont senti le filon et trépignent pour voir leurs productions ainsi mises en avant. Certains rockeurs ne goûtent pourtant pas à la mièvrerie de la chose, et des groupes comme les Foo Fighters et les Kings of Leon ont décliné les propositions de voir leurs chansons gleekisées. Guitariste génial des Guns’n’Roses, Slash a refusé : « Quand le film Grease est sorti, je trouvais ça tout pourri. Mais en fait, quand je le regarde aujourd’hui, je me dis qu’entre High School Musical et Glee, Grease était une sacrée œuvre d’art. »

 

(1) En France, M6 expose le début de la série sur son antenne avant de repasser le bébé à sa filiale W9.

Paru dans Libération du 29/03/2011


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