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mercredi 16 novembre 2011 11:33

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Goncourt 2011 : l’art français du piratage

par Camille Gévaudan

tags : piratage , livre numérique

Photo jamjar, CC BY

Quand la lettre C est suivie d’un A, d’un O ou d’un U, on met une cédille si l’on veut avoir le son « s ». Par contre, il n’y a jamais de cédille devant les voyelles E, I et Y. Ceci une leçon d’orthographe au programme de la classe de CE1, destinée, donc, aux bambins de 7 à 8 ans. Tout élève est censé l’avoir acquise en poursuivant sa scolarité à l’école primaire, a fortiori au collège, a super-fortiori au lycée et a mega-fortiori s’il finit par choisir le métier de correcteur dans la prestigieuse maison Gallimard. Mais de toute évidence, il y a eu un couac quelque part. « Ils se rinçèrent la bouche de vin », peut-on lire dans l’ebook du prix Goncourt 2011. Et le cas n’est pas isolé. Quelques pages plus loin, on s’écorche les yeux plus gravement encore : « nous nous efforçions de vivre moins ». Dernier coup de serpette dans la pupille : « comment nous plaçerons-nous ? » Aïe, ouille, argh. Les lecteurs les plus fragiles viennent de mourir d’une ôrtaugrafite fulgurante.

Une version corrigée de L’art français de la guerre a pourtant été publiée pour rectifier le tir, 10 jours seulement après la remise du prix. Ironiquement, ce n’est pourtant pas chez Gallimard qu’on la trouvera... mais sur un site de téléchargement illégal. C’est la « team AlexandriZ », équipe de pirates littéraires passionnés, qui vient de s’offrir une belle séance de publicité en offrant une version du Goncourt garantie sans fautes sur le site de téléchargement direct MegaUpload.

C’est une marque de fabrique de la maison : chez AlexandriZ, chaque ebook est corrigé par un ordinateur puis relu par une personne humaine, et compatible avec tous les appareils et logiciels de lecture numérique, puisqu’exporté « en multiformat » : .doc, .PDF, .epub, .mobi et HTML. Le Goncourt n’y a pas coupé. D’un tweet, les pirates littéraires annoncent la couleur : « Oh la la, le Goncourt 2011 commercial est plein de fôtes, heureusement qu’on corrige... » Avec une image listant les 11 fautes dénichées dans le livre, histoire d’enfoncer le clou.

 

 

D’après les observations du site spécialisé eBouquin, les erreurs de cédille, d’accent et de ponctuation pourraient être dues à la méthode de production des ebooks chez Gallimard, qui passe par une numérisation du texte imprimé. Le logiciel de reconnaissance de caractères aurait transformé quelques « c » en « ç » et un « é » en « e ». Les conjugaisons bancales (« tu va », « tu tourne ») et l’horrible verbe « mangaient », quant à eux, se retrouvent aussi sur le livre papier. Gênant.

« Vaut-il mieux pirater des ebooks que de les acheter légalement si l’on veut un fichier de qualité ? », se demande donc eBouquin. Pour L’art français de la guerre comme pour ses autres releases, la team AlexandriZ fait profiter les œuvres de la force du travail collaboratif en proposant des corrections et mises à jour bien plus rapidement que les professionnels n’arrivent à le faire, un peu à la manière d’une communauté Wikipédia. eBouquin dit « relever, non sans un certain amusement, que les pirates, pourchassés par les grandes maisons, ne sont pas si inutiles à l’écosystème du livre numérique. »


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