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mardi 3 mars 2009 10:47

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Google News drague la pub

Le site s’ouvre aux annonceurs sans partager avec la presse. 

par Frédérique Roussel

tags : publicité , presse , Google

CC Pathfinder

C’était couru. Un jour, Google allait vouloir mettre de la pub sur Google News. C’est fait depuis la semaine dernière sur la version américaine. Le tournant est d’ampleur, même si le responsable de Google News, Josh Cohen, l’a annoncé mercredi du bout du clavier. Sans même, paraît-il, avoir averti en amont les éditeurs de presse américains. « Si vous êtes aux Etats-Unis, à partir d’aujourd’hui vous remarquerez quelque chose d’un petit peu différent quand vous ferez une recherche dans Google News. »

Oh, un petit rien. Seulement un soupçon de publicité, si légère quand elle est faite Google, de modestes liens sponsorisés (« adwords ») qui s’affichent sur le côté de la page de résultats. Josh Cohen donne l’exemple d’une requête sur l’iPhone ou le Kindle qui en plus du résultat reverra chez Apple et Amazon. On se demande ce qui accompagnera un attentat au Caire…

A son lancement en 2002, l’agrégateur d’articles parus sur les sites web des médias faisait dire que Google lançait un site d’information sans journalistes. Google News a rendu chèvre les éditeurs de journaux, partagés entre la visibilité offerte par ce service qui leur mangeait aussi la laine sur le dos. Poursuivi en justice par l’AFP en 2005 (un accord encadre leurs relations depuis avril 2007), puis par des journaux belges en 2006 pour violation du droit d’auteur, Google News a continué de grandir et relaie aujourd’hui plus de 4 500 sources d’informations en anglais.

La nouvelle, diffusée en catimini, ne réjouit pas. Alors même que Google vient de multiplier les caresses en direction de la presse en crise. Son PDG Eric Schmidt déclarait dans le magazine Fortune en janvier qu’il souhaite aider la presse « à monétiser son audience ».

Pour Brian Tierney, directeur du groupe de journaux Philadelphia Media Holdings, cité par le New York Times  : « Quand Eric Schmidt dit s’inquiéter pour l’industrie de la presse, ce sont des larmes de crocodile. » De même, Josh Cohen, auditionné en France aux Etats généraux de la presse en décembre, avait repoussé l’idée de publicité sur Google News et promis une collaboration main dans la main avec les patrons de journaux.

C’est l’inverse qui se produit. « C’est un mauvais coup qui va encore affaiblir la presse, réagit Philippe Jannet, président du Geste (Groupement des éditeurs de service en ligne) et PDG du Monde Interactif. Google News fonctionne sur un contenu qui ne lui appartient pas. Nous sommes ouverts à une discussion avec eux sur un partage de rémunération. »

Mais Google n’a pas l’intention de discuter ce bout de gras-là. Et son apparition sur un nouveau créneau va restreindre encore un peu plus le marché publicitaire en ligne pour les sites d’information. « Nous n’arrivons déjà pas à financer nos contenus », ajoute Philippe Jannet, qui rappelle que le chiffre d’affaires de Google France est deux fois plus important que celui de la presse quotidienne nationale. « Nous ne partageons pas nos revenus avec les éditeurs de journaux », a confirmé Josh Cohen aux Echos hier.

Google estime déjà apporter aux médias de centaines de millions de clics tous les mois. Et a promis de ­« continuer à explorer la façon d’apporter des publicités qui soient pertinentes pour [ses] utilisateurs et bonnes pour les éditeurs, également ». Paroles, paroles…

Paru dans Libération du 3 mars 2009


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