vendredi 25 juillet 2008 13:52
Google : Qui s’y Knol ?
par Astrid Girardeau
tags : Wikipédia , encyclopédie , Google , Knol
Le Knol du Pancake - DR
Annoncé en décembre dernier, Knol, l’encyclopédie communautaire en ligne de Google, a été lancée mercredi. Alors, un concurrent sérieux à Wikipédia ? A première vue, pas du tout. Ça ressemble davantage à une compilation de pages de blogs personnels, certains très documentés, d’autres plus proches de l’opinion subjective. Ajouté à cela, la publicité et le système de rémunération des auteurs, et Knol s’éloigne assez catégoriquement des règles de Wikipédia. Mais sur quel terrain joue t-il ? Dans sa volonté d’être présent partout, Google s’est naturellement attaqué au monde de l’encyclopédie en ligne. Une pièce de plus sur l’échiquier d’Internet, mais pas seulement, selon Florence Devouard, ancienne présidente de Wikimedia. « Google nous a plusieurs fois approché pour nous proposer un partage publicitaire. Nous avons toujours dit non. J’imagine combien ça doit les faire souffrir de voir tout ce trafic qui ne rapporte rien. Avec Knol, il pense en capter une partie », nous indiquait-elle il y a quelques mois. Car l’un des grands principes de Knol est de rémunérer les auteurs des articles. Le créateur d’un article (appelé « knol ») peut choisir ou non d’avoir des encarts publicitaires Adsense sur sa page. Les mots-clés sont alors choisis par Google, et les Adsense sont gérées comme celles de n’importe quel site. Le créateur perçoit une partie des revenus engendrés par la publicité, le reste va à Google. Le modèle est différent de celui de Wikipédia, basé sur le bénévolat, mais pourquoi pas. Beaucoup reprochent suffisamment aux tenants du Web 2.0 de se faire de l’argent sur le dos des participants sans jamais les rémunérer en retour. Maintenant, on peut douter qu’un modèle commercial combiné à l’absence totale de validation éditoriale soit le choix le plus pertinent pour un projet d’encyclopédie en ligne. Seul le créateur de la page perçoit de l’argent, c’est à lui ensuite de le répartir, s’il le souhaite, entre les différents auteurs de l’article. Car un créateur peut en effet inviter plusieurs coauteurs à participer à la rédaction d’un article, que ces derniers peuvent librement éditer et modifier. Ensemble, ils forment la « Author Team ». Pour participer à Knol, il suffit d’avoir au moins treize ans et un compte Google. Le créateur peut également accepter les suggestions de collaborateurs extérieurs. Selon le modèle choisi, ces participations peuvent être intégrées directement ou après validation des coauteurs.
Une fois un article en ligne, il est possible de le noter, d’écrire des commentaires, d’en faire une critique (vous êtes alors « Rewiever ») ou de rédiger son propre article sur le sujet. En effet, ici point de débat, de « Page de discussion », de « vandalisme » et de pompiers pour éteindre le feu des discussions enflammées. Chacun a le droit de rédiger son article, même si douze mille trois cents onze articles sur le même thème ont déjà été publiés. « Nous espérons que les opinions et les points de vue des auteurs seront présent dans les knols, explique Udi Manber, sur le blog officiel de Google. Pour de nombreux sujets, il y aura probablement des knols concurrents sur le même sujet. La concurrence des idées est une bonne chose. » De là à imaginer le nombre de débats d’opinion par article interposé qui vont pouvoir apparaitre sur des sujets aussi sensibles que le créationnisme ou le nazisme. Mais aussi, si on en revient au système de rémunération, le lot d’articles qui risquent de fleurir dès les premières rumeurs au sujet du prochain Tarantino ou de la mort d’un animateur télé. Le tri se fait ensuite sur la notion de popularité. Les articles les mieux notés par les lecteurs se trouveront en tête de liste des résultats sur le sujet. On est donc très loin du modèle de Wikipédia qui vise à créer, de manière collaborative, un seul et unique contenu le plus complet, documenté et objectif possible. Au hasard, il suffit de comparer cet article sur Devil May Cry 4, sorte de récit de l’auteur de son expérience du jeu et la fiche consacrée au jeu sur Wikipédia. L’un n’est pas meilleur que l’autre. Ils n’ont juste rien à voir.
Pour prouver son identité, le contributeur peut demander de faire vérifier son nom. Ce qui se fait via son numéro de téléphone ou de carte bancaire. S’il passe le test, son nom apparaît alors estampillé d’un petit encart « verified ». Mais la vérification se fait uniquement sur le nom, et rien n’empêche de s’inventer un titre ou une fonction. Par ailleurs, sur de nombreux sujets, comme les pancakes au beurre, on peut se demander en quoi le fait d’être bucheron au Canada ou professeur d’espagnol en Chine est un critère d’expertise. Le principal avantage de Knol sera sans doute Google. Bien indexées, les pages ne devraient pas tarder à se retrouver en bonne place dans les résultats du moteur de recherche. Voire même au-dessus de celles de Wikipédia. « Aujourd’hui, 50% de notre trafic vient de Google. Si nous avons moins de visibilité, nous risquons de voir nos rares sources de financement (les dons) disparaître », nous confiait, inquiète, Florence Devouard.
Article sur l’Eclipse, par Jay Pasachoff - DR
Le créateur peut ensuite choisir la licence de son article. Par défaut, il est sous licence Creatives Commons CC-BY-3.0 (qui permet de réutiliser un contenu si le nom de l’auteur est cité), mais il peut choisir la licence interdisant toute Utilisation Commerciale ou le mettre en « Tous droits réservés ». Un article est défini comme étant de la seule responsabilité de celui qui l’a soumis. Si Google se réserve le droit de refuser la création d’un compte ou la publication d’un article, il tient à préciser qu’il ne « contrôle ou modifie pas le contenu des knols, et n’a aucune responsabilité sur ces contenus. Au lieu de cela, Google se contente de fournir l’accès à ce contenu. » Cela réserve de belles batailles juridiques. Pourtant la mise en ligne n’est pas immédiate. Quand on publie un knol, il n’est pas trouvable tout de suite via le moteur de recherche. Google ne donne aucune information sur ce délai. Aussi, dans les commentaires, de nombreux rédacteurs se plaignent que les articles qu’ils ont écrit hier ne soient toujours pas visibles.
Article de Chevy_ sur Devil May Cry 4 - DR
Autre point de divergence, les auteurs. L’idée clé de Knol est « de mettre en lumière les auteurs ». Dans les exemples mis en avant sur la page d’accueil, on trouve ainsi des articles très complets — principalement sur des sujets médicaux : migraine, syphilis, etc. — rédigés par des professeurs émérites. Knol se démarque donc de Wikipédia en misant sur le non-anonymat de ses contributeurs. En partant de l’hypothèse qu’il est possible d’identifier la compétence de chacun sur le sujet qu’il traite. Mais si chacun est en effet invité à remplir une petite biographie illustrée de son portait, seuls les nom et prénom sont obligatoires. Et on peut constater, toujours sur la fiche Devil May Cry 4, que cela n’empêche pas la fantaisie.
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