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mardi 3 mars 2009 15:14

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Google Street View n’est pas Big Brother

Le responsable de la protection des données personnelles chez Google revient sur la polémique autour de Google Street View.

par Peter Fleischer

DR

Peter Fleischer est responsable de la protection des données personnelles chez Google.

D’ici une centaine d’années, quelles avancées auront marqué notre époque  ? Nos progrès politiques comme la création de l’Union européenne  ? Les avancées scientifiques  ?

Selon nous, s’il y a un progrès en gestation depuis la fin du XXe siècle qui pourrait marquer le passage de notre génération sur terre, c’est bien celui du partage de la connaissance. Engendrée par Internet, la démocratisation de l’accès à l’information au tournant du millénaire est une révo­lution dont on se souviendra proba­blement très longtemps. Dans une tribune parue le 13 février dans Libération, Odile Belinga et Etienne Tête ont émis un certain nombre de critiques concernant Street View, la nouvelle fonctionnalité de Google Maps qui permet de naviguer ­virtuellement dans les grandes villes françaises. Les deux auteurs affirment que ce service ne respecte pas la vie privée des ­individus et le comparent à de la vidéo­surveillance.

Street View permet quotidiennement à des milliers d’utilisateurs de naviguer à trois cent soixante degrés grâce à des photos prises dans la rue à hauteur d’homme. Les internautes du monde entier peuvent ainsi se déplacer virtuellement, préparer leur prochain voyage à Rome, descendre les Ramblas à Barcelone, explorer leur ville, ou tout simplement repérer l’adresse de leur prochain appartement. C’est aussi un formidable outil pour mettre en valeur le patrimoine d’une ville ou promouvoir l’activité d’un commerçant. Il s’agit ici de contribuer à l’écosystème ouvert et bénéfique permis par Internet. Les nombreux partenaires qui ont choisi de s’associer à ce service (Télérama, Cityvox, l’Office du tourisme et des congrès de Paris…) ne s’y sont pas trompés.

Le service Street View respecte-t-il la vie privée  ? La question est tout à fait légitime. Et la réponse est oui. Rappelons tout d’abord une évidence  : sur Internet, l’in­formation, comme la concurrence, est toute proche, à un seul clic de souris. Autrement dit, sans l’intérêt et la confiance de l’internaute, un site ne vaut pas grand-chose. Et cette confiance, il s’agit de ne pas la bafouer.

Les photographies affichées dans Street View sont parfaitement licites. Elles ne contiennent que des images de voies ­publiques et ne dévoilent aucune infor­mation qui n’était déjà exposée à la vue des passants. Les arguments selon lesquels un service de cartographie comme le nôtre ne pourrait pas utiliser de telles images au nom du respect de « l’intimité » re­mettent fondamentalement en cause la notion d’espace public. Ils dénaturent au contraire cette sphère de l’intime à qui la loi accorde, à juste titre, une protection ­accrue.

Les images de Street View sont les mêmes que celles que pourrait prendre n’importe quel passant dans la rue avec son appareil photo. Des images de ce type, sur les villes du monde entier, sont déjà diffusées dans toutes sortes de formats sur la Toile mondiale. Conscient que ce service rassemblait ces images en un seul endroit, Google a volontairement décidé de prendre des précautions supplémentaires en créant une technologie de floutage automatique des visages et des plaques d’immatriculation, dont la Cnil a d’ailleurs salué la mise en œuvre. Pour aller plus loin, en cas de visage non flouté ou imparfaitement flouté, toute personne peut demander la suppression des images concernées en cliquant sur un simple bouton. Les photos ne sont pas datées (ni heure, ni jour) et ne sont pas des prises de vue en temps réel. Bref, tout sauf des caméras de surveillance  !

Soyons curieux, doutons, c’est ce qui a animé nos échanges avec la Cnil avant le lancement de Street View en France. Mais n’ayons pas peur, par principe, du progrès et des avancées technologiques qu’il im­plique. Prenons l’exemple récent de ­« Google Flu Trends »  : avant d’appeler leurs médecins, beaucoup d’internautes uti­lisent comme mot-clé « symptômes de la grippe » dans leur moteur de recherche. Cette requête, multipliée par des millions d’individus a permis à Google de déve­lopper un outil de prévision des foyers de grippe capable de devancer jusqu’à dix jours celui des autorités sanitaires. En observant simplement les zones géographiques renseignées par les rapports de connexion. Soyons curieux, soyons vigilants, mais n’ayons pas peur d’Internet.

Bien plus que le véhicule de mena­ces, aussi réelles sur Internet que dans le monde physique, c’est avant tout un outil extraordinaire qui facilite nos vies au ­quotidien.

Paru dans Libération du 3 mars 2009


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