jeudi 9 septembre 2010 17:59
Google et Facebook sur le gril parlementaire
Les deux sociétés ont été entendues hier dans le cadre d’une mission d’information chargée d’évaluer la place de l’individu et de ses droits sur le réseau. Pas mal de langue de bois au programme.
par Andréa Fradin
tags : vie privée , Google , facebook , Parlement
La place de l’individu dans la révolution numérique ». Tel est l’enjeu de la mission d’information parlementaire installée en avril dernier, et dont l’enquête s’est vue complétée hier par l’audition, à l’Assemblée Nationale, de représentants de Facebook et Google. Le directeur européen de la politique publique (comprendre lobbyiste) du plus grand réseau social, Richard Allan, suivi de trois représentants de Google France, ont successivement répondu aux questions des co-rapporteurs de la mission, les députés Patrick Bloche (SRC) et Charles-Ange Ginesy (UMP). N’excédant pas deux heures, les auditions ont avant tout consisté en une présentation des activités des deux géants du net, ainsi que des moyens mis en œuvre pour protéger l’individu. Rien de nouveau sous le soleil en somme, mais l’occasion de voir les réponses officielles des groupes aux critiques qui leur sont le plus souvent adressées. Légèrement passé sur le grill, le directeur européen de la politique publique de Facebook a dû justifier de la politique de confidentialité de son site, sans toutefois faire l’annonce d’un changement de cap en la matière. En particulier, le député Ginesy a cherché à comprendre pourquoi le réseau social n’avait pas opté pour un système fermé « qui préserve la confidentialité au maximum et qui laisse aux utilisateurs le choix de l’ouverture de leurs données », alors même que la politique de confidentialité de Facebook est fortement décriée. Réponse de l’intéressé : l’ouverture des profils « est ce qui fait que le réseau social est social ». Et Richard Allan d’établir des priorités : « nous voulons avant tout aider les gens à se connecter entre eux ». Le représentant de Facebook a également été appelé à clarifier les positions du groupe sur le plan de la conservation et de l’utilisation des données privées de ses membres. Une question aux ramifications nombreuses, qui concerne tant le droit à l’oubli sur Internet, que le bénéfice commercial tirée des informations entrées sur le site. Celle-ci se pose particulièrement lorsqu’un utilisateur cherche à quitter le site : il a alors le choix entre la désactivation et la suppression de son compte ; la première permettant de récupérer ses données, la seconde étant définitive. Sur ce point, Richard Allan a précisé que l’option de désactivation était proposée car « la plupart de ceux qui quittent le site cherchent à y revenir » : la seule suppression serait donc une fonctionnalité « dommageable » aux internautes. Pour ce qui est de l’utilisation commerciale des données privées, Richard Allan a tenu à affirmer que Facebook ne transmettait « aucune information » et que « la publicité ne se [produisait] pas sur le site ». Une erreur d’interprétation « classique » pour le responsable, que l’argumentaire n’a pourtant pas réussi à dissiper. Et ce de l’aveu même de Patrick Bloche, qui appelle à « nuancer » ce discours, jugé « très affirmatif ». Dernier point Facebookien sur la sellette : le programme de reconnaissance faciale, lancé en juillet dernier, qui se limite pour le moment à faciliter l’identification (par un tag) des personnes figurant dans des photos postées sur le site. Les députés ont pointé le risque d’un rapprochement de ce service avec un système biométrique à visée sécuritaire ; danger auquel Richard Allan a opposé les « points positifs » d’un tel dispositif, qui « peut aider les utilisateurs à savoir si une photo d’eux circule sur Facebook ». Au niveau de Google, les trois représentants ont exposé dans un rythme très scolaire les différents cadres développés par la firme pour aider à la protection des données privées : mise à disposition d’un « dashboard » offrant à l’internaute un panorama des données dont dispose Google, élaboration de « codes de bonne conduite » à travers le monde et en association avec des ONG, ou bien encore filtrage des contenus à caractères sexuels dans le moteur de recherche. Sur ce dernier point, les représentants de Google ont tenu à préciser qu’ils soutenaient « à fond » le filtrage de contenu pédo-pornographique, une idée jugée « très bonne et très importante », en soulignant toutefois les risques d’un tel procédé, potentielle « arme nucléaire qui peut mettre en question l’équilibre même d’Internet ». Les démêlés de Google Street View avec la Cnil, qui poursuit son enquête, ont été rapidement examinés, ainsi que les propos récents d’Eric Schmidt sur l’inflation du volume des données privées sur Internet. Pour le PDG de Google, « la seule manière de gérer ce problème est une vraie transparence, et la fin de l’anonymat. Dans un monde où les menaces sont asynchrones, il est trop dangereux qu’on ne puisse pas vous identifier d’une manière ou d’une autre. Nous avons besoin d’un service d’identification personnel. Les gouvernements le demanderont », assurait-il alors, déclenchant une nouvelle fois la polémique. Tentative de désamorçage du côté de Google France, qui interprète ce positionnement comme la « prise en compte des enjeux de la protection de la vie privée au plus haut niveau ». Chargée d’évaluer la capacité des acteurs du net à préserver les intérêts des utilisateurs sur le réseau, la mission d’information n’aboutira pas nécessairement sur un texte législatif, indique Patrick Bloche. Ces auditions devraient se poursuivre dans le mois, avec la participation de sociétés comme Yahoo !France et Microsoft.« Nous essayons de fournir des informations très claires pour protéger nos utilisateurs »
« La prise en compte des enjeux de la protection de la vie privée au plus haut niveau »
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