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mercredi 11 juillet 2007 16:18

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« Google et Wikipédia, des inventions révolutionnaires »

par Frédérique Roussel

tags : science-fiction , Wikipédia , interview , Google , Littérature

revlimit - CC

Le dernier roman (1) de l’écrivain de science-fiction américain de 63 ans, Vernor Vinge, ancien professeur d’informatique et de mathématiques à l’université de San Diego, décrit la société numérique qui peut-être nous attend. Son héros, le poète Robert Gu, guérit d’une maladie d’Alzheimer et découvre un monde envahi par les technologies, vêtements en tissu nanotechnologique, lentilles digitales communicantes, et autres gadgets révolutionnaires… Entretien.

Vos précédents romans tenaient du space opera, pourquoi avoir décidé d’écrire plutôt dans le registre du cyberpunk ?
Rainbows End représente une sorte de parenthèse. J’ai accumulé un nombre de thèmes technologiques qui semblent si près d’arriver dans le futur qu’ils nécessitent un traitement immédiat. Mais mon roman en cours d’écriture est une suite, dix ans après, à mon space opera Un feu sur l’abîme.

Vous avez dédicacé votre livre à Google et Wikipédia...
A eux et à tous leurs semblables. Je pense qu’ils font partie des inventions parmi les plus révolutionnaires dans l’histoire humaine.

Pensez-vous que le monde en 2025 ressemblera à ce que vous décrivez dans Rainbows End ?
Cette histoire est principalement faite pour divertir. Mais Rainbows End est une extrapolation d’un certain nombre de tendances lourdes. Il paraît donc crédible, mais des événements inattendus pourraient empêcher un tel futur. Je préfère donc considérer cette histoire comme un scénario plausible. Disposer de plusieurs scénarios est très utile dans un monde incertain.

Pensez-vous que nous porterons demain, comme vos personnages, des vêtements intelligents ?
La réponse relève en partie de la technologie et en partie du désir des gens. Il y aura des progrès technologiques significatifs (quoique tout à fait conforme aux tendances) pour concevoir des vêtements intelligents discrets. D’autre part, des idées intelligentes (comme les souris d’ordinateurs) sont probablement encore cachées dans notre futur. Elles tireront profit des nouvelles technologies de manière si judicieuse que les consommateurs tomberont amoureux de l’invention — même si cela doit changer les standards de l’habillement. Les écouteurs bluetooth représentent un petit pas mais significatif dans cette direction. Des lecteurs vidéos dans des lunettes ordinaires pourrait être une autre étape.

Rainbows End évoque un projet de numérisation de livres qui les détruit. On pense à Google qui scanne depuis 2005 des ouvrages issus de bibliothèques...
La destruction des livres existants (comme le projet Bilbiotome dans Rainbows End) est une perspective de fiction terrifiante. A mon sens, la numérisation du savoir de la planète est largement positive. Enfin, nous les humains auront notre héritage, tout le génie du passé, dans une forme qui nous permettra de raisonner globalement.

Avec le développement d’Internet, se développe la crainte d’une société de surveillance extrême. Observez-vous une telle tendance ?
Je suis personnellement soucieux de ma vie privée. Ces dernières années, l’évolution parallèle des technologies de protection de la vie privée et de la surveillance ont plutôt favorisé ces dernières. Hélas, les lois ne pourront pas corriger cette tendance ; en fait, je crois que qu’elles vont principalement assurer la vie privée de certains et développer le pouvoir de surveillance d’une minorité. Une solution serait d’autoriser la transparence totale. C’est ce que propose l’écrivain de science-fiction David Brin dans son essai The Transparent Society, vision d’une société dans laquelle tout le monde peut surveiller tout le monde et est autorisé à le faire. Je pense que cela pourrait marcher, avec des premières années très difficiles. En fin de compte, le monde pourrait ne pas être trop différent de celui-ci, avec moins d’hypocrisie, plus de tolérance.

Peut-on avoir encore foi en l’humain dans un monde de plus en plus numérique ?
Une vision d’espoir existe dans la qualité et la puissance qui croit avec des millions d’humains intelligents et créatifs soutenus par les ordinateurs, les réseaux de communication et les banques de données.

Rainbows end représente une illustration supplémentaire de votre théorie sur la singularité technologique. Pourriez-vous en expliquer ?
Il semble plausible qu’avec la technologie nous pourrons, dans un futur très proche, créer (ou devenir) des créatures qui surpassent les humains dans toutes les dimensions intellectuelles et créatives. Ce qui arrive après ce stade est appelé singularité - ce qui est aussi inimaginable et incompréhensible pour nous aujourd’hui que le rapport entre un opéra est une vis plate. (2)

(1) Rainbows End, traduit de l’anglais par Patrick Dusoulier, Robert Laffont « Ailleurs et demain », 23 €.
(2) The Coming Technological Singularity : How to Survive in the Post-Human Era, de Vernor Vinge, 1993.


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