dimanche 19 avril 2009 12:04
Google invente la décroissance rentable
Le moteur de recherche accuse une baisse inédite de son chiffre d’affaires de 3 % sur les trois derniers mois.
par Christophe Alix
tags : économie , Google , twitter
Moins d’activité mais toujours plus de rentabilité. Très attendue, la publication jeudi soir des derniers résultats de Google a une nouvelle fois démontré la solidité d’un modèle dont les analystes guettent le moindre signe de ralentissement. Avec pour la toute première fois dans l’histoire de l’entreprise un recul du chiffre d’affaires, la décélération de la croissance du moteur de recherche à l’épreuve de la crise est pourtant bien là. Si ses 4,21 milliards d’euros de recettes représentent encore une progression de 6 % sur un an, elles reculent ainsi de 3 % par rapport au trimestre précédent. Son PDG, Eric Schmidt, est le premier à le reconnaître, moins de consommation d’internautes « entièrement rationnels », c’est logiquement moins de clics sur ses fameux liens sponsorisés dont ses pages sont truffées et donc forcément moins de dépenses des annonceurs qui cherchent à revoir à la baisse les tarifs publicitaires sur les mots clés mis aux enchères. Une tendance à la baisse qui risque d’ailleurs de se prolonger au prochain semestre en raison de la « saisonnalité » traditionnelle des annonceurs sur Google. Ces résultats démontrent que, en dépit de sa domination écrasante sur le marché de la recherche en ligne, Google n’est pas imperméable aux effets de la crise. Mais ce recul historique n’empêche pas Eric Schmidt de se féliciter du « bon trimestre » réalisé par le moteur de recherche « au vu de la profondeur de la récession », au-delà des prévisions des analystes. Car, malgré ce recul des recettes publicitaires, la société affiche un bénéfice en augmentation de plus de 9 % à 1,42 milliard d’euros, soit presque un triplement par rapport au trimestre précédent. Google a déjà commencé à tailler dans ses coûts en abandonnant certaines activités de diversification jugées non stratégiques comme la vente d’espaces publicitaires sur les vieux médias que sont la presse écrite et la radio. S’il « continue à embaucher, mais seulement dans les domaines essentiels », Google a également commencé à réduire ses effectifs : 200 emplois vont être supprimés dans les ventes et le marketing après une première réduction de 58 postes déjà effective, portant ses effectifs à 20 164 employés. Si ces résultats donnent du baume au cœur des marchés (l’action a progressé de près de 3 % après la publication des résultats), c’est aussi parce que Google ne cesse d’étendre son emprise sur le marché de la publicité en ligne - 98 % de ses recettes - qui, à l’inverse des autres supports, devrait continuer à croître de 8 % en 2009 selon l’agence Zenith Optimedia. D’après l’institut Comscore, l’audience de Google a encore progressé en mars avec 64 % de part de marché outre-Atlantique (sa domination est plus forte encore en Europe), contre 21 % pour Yahoo et 8,3 % pour Microsoft. « Google est sans doute le seul à être très performant à la fois pour créer de l’audience et pour la monnayer, analyse Isabelle Roux, du cabinet de conseil Weave, et sa volonté clairement affichée est de répliquer ce modèle partout où c’est possible ». C’est déjà le cas sur son site de partage de vidéo YouTube, où Google vient d’introduire un nouveau type de publicités ciblées à partir des comportements des internautes. Et ce pourrait l’être prochainement sur Twitter, le site de microblogging que Google serait « très très heureux » d’aider à gagner de l’argent, a précisé Eric Schmidt, en lui permettant « d’accrocher des produits publicitaires ». Pas de doute, avec un trésor de guerre de près de 18 milliards de dollars de cash, Google a largement de quoi s’acheter toutes les audiences du Net qu’il jugera « stratégiques » pour leur apprendre à se monnayer… Paru dans Libération du 18 avril 2009
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