vendredi 19 mars 2010 12:00
Google prêt à planter la Chine
tags : Google , censure , Chine
Dessin Beb-Deum
De notre correspondant à Pékin
La fermeture du moteur de recherche chinois de Google (google.cn) paraît imminente. Pékin avait d’abord été choqué quand le géant d’Internet avait annoncé, le 13 janvier, son intention de quitter le pays en raison de la censure. Aujourd’hui, la Chine semble pousser Google vers la sortie. « Le monde ne va pas s’arrêter de tourner parce que Google s’en va […] et l’Internet chinois va continuer de se développer sainement comme il l’a toujours fait, avec ou sans Google », plastronnait cette semaine un éditorial de l’agence Chine Nouvelle. Le journal officiel Global Times se moque d’un Google qui « se travestit en héros de la liberté et de la démocratie ». Exiger un accès sans barrière à Internet est, selon le quotidien, une forme d’impérialisme de l’information. « Si Google quitte la Chine, il va devoir le faire en respectant les lois du pays », sermonnait mardi le ministère chinois du Commerce en s’inquiétant de savoir si la firme américaine allait tranquillement plier bagage, ou bien faire un coup d’éclat en levant la censure qu’elle respecte scrupuleusement depuis son entrée en Chine en 2006. Google tergiverse depuis deux mois. « Il est certain que nous n’allons plus nous autocensurer », réaffirmait lundi un porte-parole du groupe, en ajoutant toutefois que les pourparlers avec la Chine, qui pourtant paraissent aller dans le mur, « se poursuivent activement ». Un responsable anonyme de Google, cité par le Financial Times, confiait la semaine dernière qu’un départ était sûr « à 99,9% ». Les sous-traitants chinois du géant américain, qui vend des publicités à travers tout le pays, font en tout cas comme si la liquidation était acquise. Dans une lettre ouverte, 27 agences de pub en contrat avec Google ont appelé hier la maison mère à discuter d’éventuels dédommagements si celle-ci mettait ses menaces de départ à exécution (1). « La seule chose que nous puissions faire est d’attendre dans une insupportable angoisse », écrivent ces agences en se plaignant du silence total qui entoure les interminables négociations entre Google et la Chine depuis le coup de sabre du géant d’Internet, le 13 janvier. Le groupe avait alors annoncé de but en blanc qu’il refusait de censurer plus longtemps le contenu de google.cn. Il invoquait la découverte « d’attaques très ciblées et calculées » sur son infrastructure. Ces attaques venaient « de Chine », assurait Google, sans pour autant accuser le gouvernement. « Nous détenons la preuve que l’objectif des assaillants était d’entrer dans les boîtes mails des militants chinois des droits de l’homme », écrivait Google en invoquant « la liberté de parole ». L’entreprise globale, dont le « courage » a été salué par des dissidents chinois, a ajouté qu’en conséquence, elle avait l’intention de « passer en revue la faisabilité » de ses opérations en Chine. Des enquêteurs cités par la presse américaine fin février ont affirmé être remontés à deux des sources de ces attaques : l’université Jiaotong de Shanghai et une école informatique de la province du Shandong, Lanxiang. Les responsables des établissements ont démenti, tournant en dérision ces accusations. Les discussions secrètes entamées par Google avec les autorités chinoises paraissent sans objet. Qu’y a-t-il à négocier ? Pékin n’est pas enclin à laisser Google, ni personne d’autre, lever la censure qu’il a imposée aux moteurs de recherche, tels Yahoo et Microsoft, désireux de faire des affaires auprès des 380 millions d’internautes chinois. La Chine, qui n’a de cesse de renforcer sa police du Net, en fait une question de principe. D’autant que le défi de Google a pris une tournure très politique après que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a apporté son vif soutien au pied de nez de Google. « Les personnes et les pays qui lancent des cyberattaques devront en subir les conséquences », a-t-elle menacé le 18 février. De colère, Pékin a bloqué le site du département d’État américain et le ministre chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information a répliqué mardi : « C’est irresponsable et inamical de la part de Google de persister à vouloir agir contre les lois chinoises, et il devra en supporter les conséquences. » « Beaucoup de Chinois se demandent pourquoi Google n’arrive pas à prendre une décision finale, commente le célèbre blogueur chinois Isaac Mao. Et beaucoup sont en train de perdre patience. » Paru dans Libération du 18 mars 2010 (1) Mise à jour : Bloomberg a révélé que la lettre des 27 agences de pub était fausse. L’agence de presse a été alertée par Gao Min, responsable des partenariats publicitaires avec Google chez Beijing Zoom Interactive Media, qui nie avoir signé un tel document. Les 22 autres agences contactées par Bloomberg ont également contesté son authenticité. Sur le même sujet :
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