jeudi 9 juillet 2009 12:23
Google : quand tout passe par la toile
Le boom de l’Internet mobile place Google en position de force.
par Christophe Alix
tags : économie , Microsoft , Google , cloud computing
Cherche le nuage avec Google - CC jtbrennan
Il y a un mois, le numéro un mondial du logiciel, Microsoft, s’attaquait à la toute-puissance de Google en lançant Bing, un outil de recherche décalé « d’aide à la décision ». Hier, c’était au tour du leader mondial des moteurs de recherche de répliquer sur le terrain de Microsoft en annonçant l’arrivée d’un système d’exploitation, le logiciel qui fait tourner l’ordinateur. Un partout, la balle au centre ? Pas vraiment. Car dans la « guerre.com » que se livrent le géant du logiciel et le roi du Web, la tendance technologique est très nettement à l’avantage du second. Après les années de gloire de Microsoft et de son bulldozer Windows, un modèle logiciel payant et propriétaire d’une rentabilité inouïe qui équipe encore plus de neuf ordinateurs sur dix dans le monde, le nouvel âge du tout-connecté est clairement celui de Google. Née en 1998, cette société californienne est vite devenue l’incontournable point d’entrée de toute balade sur la Toile. La gare d’aiguillage obligée de centaines de millions d’internautes qui « googlent » quotidiennement pour repérer leur chemin sur ces milliards de pages que le site le plus visité de la planète indexe inlassablement. Et il faudra encore trois cents ans, confiait récemment Eric Schmidt, le PDG de Google, pour archiver toute l’information du monde… Cette recherche pure, cœur de métier de l’activité de Google, a fait la fortune de Larry Page et Sergey Brin, ses deux fondateurs ex-thésards de Stanford, de leurs 20 000 employés et de bien plus encore d’actionnaires. C’est elle qui, grâce à un modèle économique très innovant d’annonces publicitaires contextualisées, placées sur les résultats des requêtes des internautes, rapporte à Google la quasi-totalité (98 %) de ses revenus. Soit près de 22 milliards de dollars l’an dernier, pour plus de 4 milliards de bénéfice. Mais une nouvelle vague déferle depuis peu sur cette informatique très « Internet centrique » qu’a imposé Google en dix ans à peine, ringardisant la vision trop longtemps « PC centrique » d’un Microsoft. Elle surfe sur le boom de l’Internet mobile accessible depuis des smartphones (téléphones intelligents) de plus en plus sophistiqués et sur cette très forte tendance actuelle à la « virtualisation » des logiciels. Des programmes allégés et simplifiés qui se consomment de plus en plus à la carte et à distance, facturés à petit prix lorsqu’ils sont payants, mais souvent gratuits et financés par la publicité. Ce « saas » comme l’appellent les Américains (« software as a service »), également dénommé poétiquement « cloud computing » (« l’informatique dans les nuages ») colle parfaitement à la vision de Google. Le moteur de recherche, qui entend bien garder le contrôle du trafic sur le réseau mondial et les colossaux profits qui vont avec, a compris bien avant Microsoft que cette profusion d’applications en ligne allaient rapidement remplacer les logiciels encore installés (et souvent inclus dès l’achat) sur le PC. Permettant ainsi de fidéliser ses visiteurs dans un environnement 100% Google. D’où la multiplication de services (près d’une trentaine) lancés depuis près de quatre ans sur la Toile par le moteur de recherche, sans compter la suite bureautique (Google Docs), un navigateur (Chrome), un système de téléphonie intégré (Google Voice) ou encore un système d’exploitation pour mobiles (Androïd). « On est arrivé à un point de rupture, explique l’Américain Larry Augustin, investisseur dans la Silicon Valley. Le fait que les consommateurs préfèrent désormais acheter des netbooks et des mobiles plutôt que des PC pour surfer est une opportunité unique pour permettre à Google de renverser la vapeur dans le logiciel. » Morale de l’histoire :alors que Microsoft a tout fait pour dominer l’Internet grâce à sa position archidominante dans les logiciels – sans y parvenir –, c’est au tour de Google de miser sur sa toute-puissance dans l’Internet pour s’imposer dans les systèmes d’exploitation. Paru dans Libération du 9 juillet 2009 Sur le même sujet :
2010, l’odyssée de l’OS pour Google Chrome (08/07/2009)
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