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samedi 8 juillet 2006 13:30

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Gram Parsons, la douleur d’un ange

Un documentaire de Gandulf Hennig retrace les vingt-six années brûlées de ce musicien, gosse de riches devenu groupie des Stones et initiateur du country-rock au sein des Byrds, à la fois cow-boy junky et bon chrétien baptiste.

par Philippe Azoury

tag : musique

Gram Parsons, Fallen Angel de Gandulf Hennig, Warner Music Vision, 1 DVD zone 1.

Les anges n’ont pas de vie, ils n’ont que des trajectoires. Gram Parsons était un ange qui se fantasmait déchu. Et qui tomba, très très bas à l’intérieur de lui-même. Un documentaire sort en DVD zone 1 (mais avec sous-titres français), qui retrace, avec force témoignages et surtout force archives inédites par wagon, le passage sur Terre en vingt-six années brûlées d’un musicien mort en 1973, un méconnu (d’aucuns diraient une groupie, dès qu’en bon gosse de riches il se mit à fréquenter les Stones sans vouloir les lâcher) qui avait tout d’une star : ambition, charisme, égocentrisme maladif. Sa légende a grandi après sa mort, lorsque la critique a compris qu’il était l’initiateur d’un genre, le country-rock.

Il l’enseigna d’abord aux Byrds, qu’il quitta sur un coup de tête, refusant de jouer en Afrique du Sud après que Keith Richards lui expliqua qu’il servirait les intérêts d’un pouvoir ségrégationniste. Au passage, en restant à Los Angeles, il devint le frère de sang du guitariste des Stones, lui apprenant à jouer un country-folk en open tuning. De son côté, Keith Richards, dit-on, lui apprit l’élégance gypsy, pour le meilleur, et le goût de l’héroïne, pour le pire. Dans les deux cas, parce qu’il était d’une beauté fracassante et d’un mental fragile, Parsons était mûr. Les Stones lui firent cadeau d’un Wild Horses inédit. Il en fit le mètre étalon du premier album des Flying Burritos Brothers, pour qui Parsons, archangélique et déjà pétri de contradictions (ou comment être tout à la fois un cow-boy junky devant qui chaque fille croisée se pâme et un bon chrétien selon les règles baptistes qu’il avait apprises dans son Sud natal), signait des morceaux de bravoure cassés (Hot Burritos #1 et #2). Il achetait ses costumes à Nashville chez Nudie’s Rodeo Tailors, mais oubliait de se rendre aux répétitions, se faisait jeter de scène ivre mort, et parfois même par ses musiciens, qui ne supportaient plus de le voir ralentir le tempo des morceaux comme sous l’effet d’un frein narcotique.

Il s’envola en solo, épousa deux femmes, et trouva en Emmylou Harris (débutante rencontrée à la station de train de Baltimore) sa partenaire idéale. Elle l’aima et il l’aimait, ils ne se l’avouèrent jamais. Deux albums suivirent (GP et Grevious Angel, que Rhino réédite ses jours-ci en coffret agrémenté d’un troisième CD de chutes de studios), des séances au Chateau Marmont (dans un état limite, au dire d’un voisin fameux), et une dernière virée bourbon-pilules dans un motel près de l’arbre de Joshua, avec une vieille amie de lycée . Overdose. Pour finir, Phil Kaufman, son road manager, vola sa dépouille et la calcina en partie dans le désert, par allégeance à un pacte.

Sur un sujet aussi propre à l’étalage, Fallen Angel réussit à garder son sang-froid et à aborder les choses avec tact. Mieux, le début, c’est un film de Douglas Sirk : l’histoire familiale ressemble à Ecrit sur du vent. Père rejeton d’une richissime famille du Sud se suicidant le soir de Noël, mère mourant alcoolique, petite soeur en asile : à cet héritage fêlé, Gram Parsons, petit prince hanté, ne décevra pas. La fin de Fallen Angel se gamelle un peu dans les questions d’héritages, subsidiaires, mais l’essentiel y est gagné depuis longtemps : une masse formidable d’archives qui atteste à jamais qu’un ange a passé.


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