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mardi 8 février 2011 16:08

  • télévision

Greffe : un docu palpitant

par Isabelle Hanne

tags : science , France 2 , docu-fiction

DR

Un cœur qui bat
docu-fiction réalisé par Sophie Révil et Christophe Barraud
ce soir à 20 h 35 sur France 2

On nous avait parlé du sujet (la greffe du cœur). De la forme (un « docu-fiction médical »), du titre (Un cœur qui bat), et du sous-titre (Quand la vie ne tient qu’à un don). Soit une promesse quatre fois renouvelée d’amour, d’opérations, de sang, de mamans en larmes, de papas en larmes, de solidarité, de dons, de chirurgiens héros, de docteurs dévoués, tout ça, tout ça. Rassurez-vous tout y est — l’amour, le sang, les larmes, etc. Mais là, on le dit sans cynisme : c’est émouvant, certes, mais c’est aussi joli, bien foutu, et très instructif.

Le film empile et conjugue trois strates de récit. La partie documentaire d’abord, qui raconte l’histoire de la greffe du cœur, « plus grande aventure médicale du XXe siècle », avec des images d’archives et la voix off de Vincent Lindon. Une autre partie témoignages, face caméra, de greffés, de proches de donneurs, et de médecins transplanteurs. Enfin, la partie fiction, minifilm qui raconte deux histoires parallèles, celles d’une candidate à la transplantation et d’un futur donneur. Tout en incarnant, avec le personnage de Maud, le parcours du combattant d’un malade cardiaque, la fiction permet de montrer l’impossible à filmer : à très peu de temps d’intervalle, une mort cérébrale qui arrive à l’hôpital, et un malade transplanté. D’une strate à l’autre, les enchaînements sont très léchés. Souvent, on entend un « vrai » témoignage en voix off, que la fiction vient illustrer. Et les passages du docu à la fiction se font sans heurts, sans raideurs chronologique ou thématique.

Le documentaire raconte avec passion les développements de la chirurgie cardiaque au siècle dernier. Tâtonnements, expériences folles (avec des transplantations sur des chiens), et premiers éclats, en 1968, avec la greffe dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, d’un cœur de donneur noir dans la poitrine d’un Blanc. Très vite se pose le problème du rejet, qui ne trouvera sa solution que dix ans plus tard. Et un autre problème, celui-là quasi-métaphysique : prélever un cœur battant a amené le monde entier à remettre en cause la définition légale de la mort, pour lui préférer celle de la mort cérébrale.

Un cœur qui bat, réalisé par la productrice Sophie Révil, n’hésite pas à se montrer didactique, avec coupes anatomiques, globules et anticorps, pour expliquer les fonctions et fonctionnement de ce muscle. Les témoignages, extraordinairement sincères et pudiques, donnent, eux, une idée des conséquences d’une greffe sur la vie professionnelle, affective, et familiale. Les médecins interrogés, eux non plus, ne cachent pas leur investissement émotionnel et affectif envers leurs patients — « une greffe du cœur ne sera jamais une opération comme une autre ».

Une des grandes qualités de ce film est d’aborder frontalement la question de la mort, celle du donneur, et celle, possible, du patient malade. Il traite aussi habilement de la question du don d’organes, sans juger ceux qui refusent de voir un fils, un mari, bricolé, raccommodé. Il questionne enfin cet « échange incroyable » dont parlent tous les transplantés. Cette personne qui « continue à vivre en soi ». Les transplantés qui témoignent sont hantés par le destin de leur donneur, forcément anonyme. Qui était-il ? Qu’aimait-il ? Avait-il une religion ? Ce n’était pas forcément son but, mais Un cœur qui bat est une campagne pour le don d’organes à lui tout seul.

Paru dans Libération du 8 février 2011


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