jeudi 3 juillet 2008 11:21
Grille publique et grille privée au banc d’essai
France Télévisions ressemble-t-elle à TF1?
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : France Télévisions
C’est un air connu, celui du café du commerce, qu’a entonné Nicolas Sarkozy lundi soir sur France 3 : télé publique, télé privée, même tabac, mêmes programmes, c’est kif-kif. Et notre hypermoderne président de citer Apostrophes et Au théâtre ce soir. Il y a quelques mois, c’était Thierry la Fronde, son modèle... Autant de tromblons qui nous ramènent aux années 60-70, à une époque où les chaînes privées n’existaient pas, donc complètement hors sujet. L’attaque est frontale mais habituelle, elle fait écho par exemple à une sortie de François Fillon en janvier, menaçant le service public de privatisation si les programmes n’étaient pas différents.Ce jour-là, très en forme, le Premier ministre était allé jusqu’à dénoncer «une banalisation de la torture dans les émissions, dans les séries télé, dans les films qu’on nous projette». A se demander si l’un –Sarkozy– a regardé la télé depuis l’arrêt du Grand Echiquier, et si l’autre –Fillon– ne s’est pas endormi devant un vieux 24 Heures chrono sur TF1... Mais qu’en est-il vraiment? Feuilletons un programme télé de la semaine. Dimanche dernier sur TF1 : finale de l’Euro. Là, le service public ne pouvait pas s’aligner sur la Une qui en a acquis les droits pour 50 millions d’euros. Ça n’a pas empêché Nicolas Sarkozy d’en faire la verte remarque à Patrice Duhamel, directeur des antennes de France Télévisions. En face, sur France 2, la série américaine FBI : Portés disparus. «C’est sans doute à ce genre de chose que Nicolas Sarkozy pense quand il dit qu’on ne voit pas la différence entre public et privé», estime Bertrand Villegas, patron de The Wit, agence qui observe les programmes télé du monde entier. Car oui, des séries américaines à 20 h 50, TF1 en a aussi et les diffuse et rediffuse par wagons entiers : les Experts, Dr House... Et, ce jeudi soir, quand la Une programme un Qui veut gagner des millions? spéciale Chtis, France 2, comme chaque semaine, diffuse Envoyé spécial. Mais il n’y a pas que le 20 h 50. «Sur la journée, explique Bertrand Villegas, il y a plus de points communs: France 2 diffuse Amour Gloire et Beauté et TF1 les Feux de l’amour, on trouve aussi des jeux similaires aux mêmes horaires stratégiques sur TF1 et France 2.» Quoique. Sur TF1, c’est Une famille en or et ses questions débiles, et, sur France 3, Des chiffres et des lettres, certes ringard mais exigeant tout de même un vernis culturel. Mais, si Carolis a été tellement piqué par la remarque de Sarkozy, c’est qu’il avait fait du «virage éditorial» son slogan de campagne à l’accession à la présidence de France Télévisions. Un virage qui, justement, devait «marquer une vraie différence avec le secteur privé». Et, de fait, si les programmes du service public peuvent sembler parfois un tantinet poussiéreux, l’équipe Carolis-Duhamel a fait la série des Maupassant, a diffusé du théâtre en direct, a créé Ce soir ou jamais, une émission culturelle quotidienne sur France 3. On trouve aussi sur France Télévisions des émissions politiques et des documentaires à 20 h 50. Autant de programmes qu’on ne voit jamais sur TF1 ou sur M6, sans parler des Secret Story et autre téléréalité, totalement absents des écrans publics. «Il y a aussi Plus belle la vie, ajoute Bertrand Villegas, si France 3 l’a fait, c’est que, contrairement à une chaîne privée, elle a pu laisser le feuilleton s’installer malgré des débuts difficiles.» Et les Au théâtre ce soir, les Apostrophes que Sarkozy appelle de ses vieux? «Nous n’avons pas recensé de télé publique dans le monde qui fonctionne uniquement avec ce type de programmes», constate Villegas.
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