jeudi 24 mars 2011 11:13
Groupon, poids lourd des réductions sur la Toile
par Christophe Alix
tag : économie
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C’est la sensation du moment dans une économie Internet américaine en pleine ébullition. Le site d’e-commerce en achat groupé Groupon pourrait s’introduire dès ce printemps au Nasdaq et aligner à cette occasion un nouveau record : celui de la plus grosse valorisation boursière, 25 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros) selon le chiffre communiqué en fin de semaine dernière par le New York Times. La météorite du social shopping s’est adjoint pour l’occasion les services de Goldman Sachs, la plus prestigieuse banque d’affaires de Wall Street. Si cette valorisation se confirme, Groupon ferait mieux que Google, l’étalon-or de l’économie Internet, qui valait 23 milliards de dollars à la veille de son entrée au Nasdaq en août 2004 ! Depuis le premier jour ou presque, cette start-up n’en finit plus d’aligner les records. Ce fut d’abord celui de « l’entreprise à la croissance la plus rapide jamais vue au monde », comme l’ont surnommée les investisseurs : né en 2008, Groupon comptait 120 employés et 23 millions de chiffre d’affaires fin 2009, 4 000 collaborateurs et 536 millions d’euros de recettes un an plus tard, et 5 900 salariés aujourd’hui. Ensuite, celui de la société ayant refusé la plus belle offre de rachat : à l’étonnement général, Groupon a décliné en décembre les 6 milliards de dollars que proposait Google pour mettre la main sur ce champion du commerce local disposant d’antennes dans 565 villes américaines et étrangères. Dans la foulée, le site a bouclé une des plus grosses levées de fonds jamais réalisées : 950 millions de dollars. En attendant la consécration boursière ? Si cette société basée à Chicago et dirigée par un jeune « serial entrepreneur » d’à peine 30 ans présente tous les signes de la pépite high-tech, son modèle n’a pourtant rien de très novateur. Sur Groupon, les 70 millions d’inscrits reçoivent quotidiennement par mail 3 ou 4 offres de commerçants de leur ville à des prix super-cassés, jusqu’à 90% de réduction. Des prestations de services archinégociées par une armée de commerciaux sillonnant les 43 pays dans lesquels Groupon est déjà implanté. Des prestations très variées allant d’un soin du corps dans un salon de beauté à un cours de yoga en passant par le dîner au Thaï du coin ou une coupe chez le coiffeur.
Principale innovation, Groupon propose des offres limitées dans le temps (jamais plus de vingt-quatre heures), qui peuvent être annulées si un nombre minimum d’acheteurs n’est pas atteint. Mais le principal attrait est ailleurs. Il réside dans la marge colossale négociée par cet intermédiaire surpuissant avec ses partenaires, en général des petits commerçants. Sa commission sur les transactions tourne en moyenne autour de 50% du prix de vente du coupon ! Pour Groupon, qui détient 60% de ce nouveau marché en plein boom du daily deal (l’affaire du jour), l’effet réseau joue à plein. Car, plus les acheteurs potentiels sont nombreux, plus les commerciaux de Groupon sont en mesure de négocier des rabais dont l’importance attire de nouveaux acheteurs. De quoi empêcher a priori toute velléité de concurrence. L’immense succès remporté par Groupon n’a pas découragé des dizaines de copies de se lancer ces derniers mois. Une effervescence qui sent la bulle à plein nez, mettent en garde certains analystes, et qui n’est pas sans rappeler la vogue des enchères en ligne autour d’eBay à la fin des années 90. Parmi ces clones, on trouve quantité de start-up qui misent sur l’achat groupé « communautaire » et spécialisé en espérant faire leur trou dans les niches du commerce en ligne. Le site Daily Pride cherche ainsi à fédérer les consommateurs gays, Black Biz Hookup les Afro-Américains. Lancé par des membres de la communauté juive new-yorkaise, Jdeal a réussi à attirer 8 000 membres séduits par ses réductions sur les bagels, le whisky casher… Les poids lourds du Net ne sont pas en reste, à l’image de Facebook, qui vient de lancer un service de « bons plans » d’achats groupés.
Amazon a investi 175 millions de dollars dans LivingSocial, principal concurrent de Groupon, et Microsoft, via son moteur de recherche Bing, a créé Bing Deals (« les bonnes affaires de Bing ») qui permet aux internautes de se tenir au courant des derniers coupons de réduction à saisir sur la Toile. Parti avant tout le monde, Groupon multiplie les investissements pour maintenir son avance. Le site a lancé sa version chinoise la semaine dernière et prépare une version mobile, Groupon Now, avec des promotions plus personnalisées et géolocalisées. Malgré ses résultats, certains doutent de la pérennité du modèle. Ils mettent en avant le fait que ces transactions super-bradées ne rapportent rien au final aux commerçants et ne leur permettent pas de fidéliser cette clientèle de chasseurs de prix venus du Net. D’après une étude de la Rice University du Texas portant sur 150 entreprises ayant passé un accord avec Groupon, un tiers d’entre elles disaient avoir perdu de l’argent et 42% ne pas vouloir renouveler l’opération. Ce n’est pas l’avis du numéro 2 de Groupon, Rob Solomon, selon lequel 95% des commerçants qui ont passé un premier « deal » avec Groupon y retournent. Paru dans Libération du 23 mars 2011
Facebook Deals
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