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mercredi 6 mai 2009 16:01

  • internet

Hadopi : Pierre Arditi et Patrick Bloche réagissent

par René Solis

tags : politique , interview , Loi "Création et Internet" , Hadopi

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Un droit d’auteur pas si malmené

Le texte en débat vise davantage à préserver le modèle économique existant qu’à protéger artistes et créateurs.

Hadopi  : artistes et PS ne chantent plus à l’unisson

Une partie de la gauche culturelle s’en prend au PS qui se mobilise contre le projet de loi réprimant le téléchargement illégal.

Pierre Arditi

Pierre Arditi est l’un des signataires de la lettre à Martine Aubry dénonçant la stratégie du PS.

Vous accusez le PS de se faire l’avocat « du capitalisme débridé ». Si la lettre est virulente, polémique, c’est qu’on a l’impression de danser sur la tête. Quand j’entends Christian Paul ou Patrick Bloche, l’homme de gauche que je suis ne s’y reconnaît pas. C’est un discours aberrant, atterrant.

Pourquoi ? C’est complètement contradictoire. Le PS est, à juste titre, toutes voiles dehors contre la dérégulation, et là il adopte une position inverse. Il défend une dérégulation de la culture ! Pourquoi ? Pour donner des gages à la jeunesse ? C’est un discours imbécile et mortifère.

Le côté liberticide de la loi ne vous inquiète pas ? Je me marre. Aujourd’hui, le téléchargement illégal peut être passible de cinq ans de prison. La nouvelle loi prévoit un premier, puis un deuxième avertissement, susceptibles de recours, avant une suspension éventuelle de quinze jours de l’accès à Internet. Croyez-vous que Robert Badinter l’aurait voté au Sénat si cela avait été un texte liberticide ?

Le PS propose d’instaurer une « contribution créative »… Je n’y crois pas une seconde. Entendons-nous : tout n’est pas parfait dans le texte, le raisonnement sur ces questions doit évoluer. Mais la loi a pour première vertu de rappeler que le droit d’auteur existe, qu’on ne peut pas piller la création. Ce principe n’est pas attaquable.

Vous avez eu des appels du PS ? Oui. Mais sur ce point la rupture est totale. Je reste un homme de gauche et je ne passerai jamais de l’autre côté. N’empêche, l’antisarkozysme pavlovien me fait chier.

Patrick Bloche

Député socialiste de Paris, Patrick Bloche est à la pointe du combat contre le projet du gouvernement.

Que vous inspire la colère de Pierre Arditi et des autres signataires de la lettre ? Elle est très certainement sincère. Je regrette que nous n’ayons pas eu de dialogue avant. J’ai l’impression qu’ils connaissent mal le texte qui est un monstre juridique.

Ils vous accusent de vouloir déréguler la culture… Mais c’est l’exact inverse ! La loi Hadopi est tout sauf une loi de régulation. Si c’était le cas, elle prévoirait un nouveau modèle de rémunération pour les artistes. Alors qu’elle ne leur rapportera pas un euro et ne vise qu’à conforter les plus forts. Je rappelle aussi nos combats pour les intermittents, pour l’éducation artistique, contre les baisses des crédits à la culture…

Les auteurs de la lettre vous reprochent aussi de vous opposer sans proposer. C’est le plus injuste ! Certains se sont sans doute mépris sur notre joie après le vote de rejet. Nous étions contents d’avoir remporté une victoire parlementaire. Mais nous n’avons jamais cessé de faire des propositions pour adapter le droit d’auteur au numérique. La « contribution créative » pourrait apporter 400 millions d’euros par an aux créateurs. Elle s’inscrit dans la lignée de la loi Lang sur la copie unique.

Considérez-vous qu’il s’agit d’un texte liberticide ? Je n’ai jamais employé le terme. J’ai dit qu’il ouvrait à un système de surveillance généralisée de l’Internet et de la société.

On vous soupçonne de démagogie à l’égard des internautes… Je n’ai vraiment pas le sentiment qu’en proposant une contribution mensuelle payable par tous, nous choisissions le chemin de la facilité.

Paru dans Libération du 06/05/09


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