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mercredi 18 mai 2011 09:52

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Hadopi : l’aveuglement

Jérémie Zimmermann, co-fondateur et porte-parole de la Quadrature du Net, répond à la tribune de l’eurodéputée Marielle Gallo parue début mai dans Libération.

par Jérémie Zimmermann

tags : liberté d’expression , Hadopi , culture Internet

Photo Flattop 341, CC BY

Les industries du divertissement et les politiciens qui les servent se complaisent dans un aveuglement qui serait touchant, voire pathétique, s’il ne conduisait à des dommages sévères pour l’ensemble de la société. À tenter de prolonger artificiellement dans l’environnement numérique les modèles économiques du passé, basés sur le contrôle des canaux de distributions des œuvres culturelles, ils sont en train de rater la révolution en marche. L’eurodéputée Marielle Gallo en est un exemple flagrant : en feignant (Libération du 5 mai) de ne pas comprendre pourquoi l’opinion publique s’est largement opposée à la loi Hadopi, elle se rend coupable d’un déni de réalité.

Elle refuse de voir ce qu’une enquête commanditée par l’Hadopi elle-même affirme : ceux qui partagent des œuvres via les réseaux P2P sont ceux qui dépensent le plus pour des biens culturels. Les politiques répressives voulues par les lobbies reposent sur un mensonge : le partage de fichiers via le P2P serait nuisible à la culture et aux artistes. C’est tout l’inverse : les entrées en salle de cinéma sont, comme les concerts, en augmentation constante, et il n’a jamais été produit autant de titres de tous médias malgré le rétrécissement de l’offre des majors. Marielle Gallo refuse aussi de voir que les usages évoluent. Le P2P est un moyen essentiel d’accès à la culture ; les jeux vidéo sont un loisir culturel de masse ; les CD sont des objets aussi désuets pour les adolescents que l’étaient les 78-tours dans les années 90 ; et la pratique du remix fait partie des moyens essentiels d’expression de toute une génération maîtrisant l’outil numérique.

Enfin et surtout, Marielle Gallo et tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans cette absurde répression du public et du partage d’œuvres oublient qu’elle remet en cause les droits fondamentaux sur Internet. En appelant d’apparemment inoffensives « coopération » et « responsabilisation » des acteurs, les responsables politiques européens — Marielle Gallo pour le Parlement, Michel Barnier pour la Commission en tête — comptent en fait contraindre les acteurs d’Internet à altérer le fonctionnement et l’économie d’Internet. Ils s’apprêtent (par le biais de l’accord multilatéral Acta et de la révision de la directive européenne Ipred) à rendre les fournisseurs d’accès et de services en ligne juridiquement responsables des échanges d’œuvres réalisés par leurs clients.

Ce faisant, ils n’auraient d’autre choix que d’endosser le rôle de police du droit d’auteur en filtrant les contenus ou en restreignant les accès au réseau via des dispositifs techniques automatiques donc arbitraires. De tels mécanismes sont en totale contradiction avec les impératifs d’un procès équitable (alors que la contrefaçon est un délit pénal dont la preuve est parfois difficile à apporter) et portent atteinte à la liberté de communication en ligne et à la protection de la vie privée de nos concitoyens. Il est temps pour ceux qui sont préoccupés de libertés et de culture d’envoyer un message clair aux absolutistes du droit d’auteur. Il faut mettre fin à une répression absurde qui dure depuis plus de quinze ans et ouvrir un large débat qui remettra à plat le droit d’auteur, pour prendre en compte les nouveaux usages et explorer de nouveaux moyens de financer la création.

Paru dans Libération du 17 mai 2011


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