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mercredi 22 avril 2009 15:31

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Hadopi  : mauvais film à l’Assemblée

Indignés par la manœuvre socialiste lors du vote de la loi Création et Internet à l’Assemblée Nationale, une vingtaine de cinéastes signent un texte en faveur du projet gouvernemental.

tags : tribune , Loi "Création et Internet" , Hadopi

Par Jean-Jacques Annaud, Patrick Braoudé, Christian Carion, Alain Corneau, Dante Desarthe, Jacques Fansten, Costa-Gavras, Laurent Heynemann, Pierre Jolivet, Gérard Jugnot, Philippe Lioret, Radu Mihaileanu, Claude Miller, Jean-Paul Rappeneau, Coline Serreau, Bertrand Tavernier, Pascal Thomas, Danièle Thompson, Nadine Trintignant, Bertrand van Effenterre, Christian Vincent et Roschdy Zem.

Des cris de joie, des accolades  : l’Assemblée nationale n’avait pas connu une telle atmosphère de liesse depuis bien longtemps. C’est pourtant le spectacle que nous ont réservé les députés de l’opposition ce jeudi 9 avril. Pourquoi une telle agitation festive nous direz-vous  ? Pour saluer le coup politique qu’ils venaient de porter à la majorité et au gouvernement en rejetant le projet de loi Création et Internet. Cette jubilation nous a indignés car ce joli coup politicien est surtout un mauvais coup pour la création et un bras d’honneur à tous les artistes, les cinéastes et les professionnels de la culture qui se sont engagés dans la défense d’un texte de loi qui, s’il n’est évidemment pas parfait, ne mérite pas non plus les procès en sorcellerie qui lui ont été intentés par l’opposition tout au long des débats à l’Assemblée nationale.

Les festivals de bons mots, les concours de caricature et les déclarations mensongères sur l’absence d’impact de la piraterie sur le financement de la culture qui ont émaillé les échanges ne sont clairement pas à la hauteur des réels enjeux que pose la révolution numérique, la préfiguration de la nouvelle économie qui doit se mettre en place pour accorder aux auteurs la place qu’ils méritent et assurer le financement de la création. Et sur ce point, ces mêmes députés qui s’autocongratulent devant les caméras restent bien muets, lorsqu’il s’agit de dégager une ambition en faveur de la création en général et du cinéma en particulier et de proposer un modèle alternatif, efficace et juste qui pourrait se substituer au droit d’auteur. Car, c’est de cela qu’il s’agit puisque les zélateurs les plus déterminés de la licence globale, pompeusement ­rebaptisée contribution créative, reconnaissent eux-mêmes que ce modèle ne saurait s’appliquer au cinéma, dont le financement, qui repose sur l’acquisition d’exclusivités, serait fragilisé si les films étaient disponibles librement sur Internet. Il va sans dire que l’obole de la contribution créative n’atteindra jamais le niveau des financements actuels dont le cinéma a besoin pour rester divers et créatif.

Ou alors c’est une autre société culturelle que l’on veut construire, une société dans laquelle le soutien à la diversité du cinéma se réduit comme peau de chagrin, et où les œuvres les plus fra­giles, les moins attendues par le marché, seront laissées pour compte. Nous la refusons résolument.

Sans propositions crédibles, sans alternative véri­table, les députés de l’opposition, à la différence de leurs collègues du Sénat, qui ne se sont pas opposés au texte final, ont donc préféré s’asseoir sur le consensus national qui a toujours prévalu jusqu’à présent pour défendre la diversité culturelle, promouvoir le droit d’auteur et soutenir la création. Ils ont en revanche attaqué abondamment qui, les artistes forcément manipulés et ignorants, qui, les sociétés d’auteur ­désormais considérées comme des polices privées, qui, les soutiens au texte de loi nécessairement liberticides au plus profond de leur âme, qui, les industries culturelles qui ne semblent exister que sous la forme de majors multinationales. Si l’heure n’est ni à l’aigreur ni à la vindicte, nous n’attendions pas des députés socialistes qu’ils se réfugient dans de telles caricatures, ni qu’ils invoquent l’impossibilité, au nom du modernisme, d’influer sur la place qu’une société doit garder à la culture. C’est un renoncement coupable et incompréhensible qui ne grandit pas ceux qui s’y sont livrés avec plaisir apparemment, préférant flatter les internautes et mépriser les ar­tistes et les créateurs.

Tribune parue dans Libération le 22 avril 2009


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