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jeudi 17 février 2011 11:09

  • cinéma

« Halal police d’Etat », bled runner

par Didier Péron

tag : comédie

Photo EuropaCorp Distribution

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« On ferait un film où on mangerait les monuments ! »

Séance tenante avec Eric et Ramzy, duo comique inséparable.

Halal Police d’état de Rachid Dhibou avec Ramzy Bedia, Eric Judor, Jean-Pierre Shelmerdine… 1 h 38.

Dans une série de notes sur le cinéma comique français qu’il écrit en 1983, le philosophe Alain Badiou voit dans le genre rigolard hexagonal « une sorte d’éternité ringarde », soulignant aussi le lien étroit entre l’épaisseur primaire des gags (ou le plus souvent l’absence pure et simple de gag) et un certain chauvinisme déboutonné. Tout ceci vaut à 200% pour l’indigent Rien à déclarer de Dany Boon, dont on ne se remet pas. Halal police d’Etat agit aujourd’hui comme un court-circuit salutaire et libérateur face à l’éternel retour du refoulé France profonde en faisant débarquer à Paris un duo de débiles algériens interprété par Eric et Ramzy. L’inspecteur Nerh-Nerh et son acolyte le Kabyle sont missionnés par le gouvernement de leur pays pour enquêter sur les meurtres en série dans le milieu de la petite épicerie dans le quartier de Barbès.

Très vite, après avoir été fouillés à fond dès leur arrivée à l’aéroport et arrêté une demi-douzaine de fois pour des contrôles de routine par les flics, les compères rencontrent leurs homologues français. On ne sent pas de leur côté une grande envie de coopérer et, en même temps, on aurait du mal à leur en vouloir vu que Nerh-Nerh et son pote sont surpris en train de torturer une victime rescapée dans son arrière-boutique ou proférant des théories invraisemblables et le plus souvent teintées de racisme antiasiatique (un des flics français est chinois et s’appelle Matthieu Cohen).

 

Le film frappe par sa générosité délirante, en cela proche de productions américaines déchaînées comme Very Bad Cops ou Date limite : le chat vivant jeté en travers de la télé de l’hôtel pour arrêter la diffusion d’un film porno pédé, le retour du Kabyle le dos recouvert de croix gammées et d’insignes SS après avoir passé une après-midi dans une officine skinhead, le crayon-canne à pêche, Jésus sur Facebook, l’ET aux cheveux rose, le calendrier rebeu fuisionnant les mois de juillet et août (« juyoute ») pour faire un coup marketing, la machine à empreintes digitales déréglée remplissant l’intégralité d’un magasin de mousse à raser, la vioque avec ses lunettes de soudure, Nehr-Nehr appelé alternativement « Nana » ou « Nénette » ou oreille coupée dans une cagette de mûres (« les mûres ont des oreilles, on dirait »)… Ici tout le monde est bête à équivalence : escouade d’Algériens édentés ou folle à château nostalgique de la suprématie chrétienne, flics de France (ramenards et à la ramasse au niveau de l’enquête) et d’Alger (le duo blédard infantile et sexuellement survolté au contact de la blonde hollandaise).

Produit par Europacorp, donc Luc Besson, le film est aussi un genre de dynamitage de l’arsenal-maison, connue pour articuler la plupart de ses grosses productions sur des antagonismes communautaires ou claniques. Halal police d’Etat se fend aussi d’un pastiche du Psychose d’Hitchcock via un Norman Bates du XVIIIe arrondissement, pervers visqueux à la voix suraiguë interprété par avec une certaine maestria par le jeune Jean-Baptiste Shelmerdine.

Le rapprochement avec le film de Dany Boon n’est pas que de circonstance, puisque l’un et l’autre cherchent un angle d’attaque antiraciste. Les vociférations anti-Français du douanier belge et la consternation bonasse de son collègue « camembert »sont balayées ici par l’esprit d’outrance, d’autodérision et d’incorrection politique du duo en roue libre.

Paru dans Libération du 16/02/2011


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