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lundi 30 mai 2011 16:42

  • télévision

« Hard 2 », des sourires et des zobs

par Isabelle Hanne

tags : série , Canal+ , porno

DR

Hard, série de Cathy Verney
Saison 2, 1, 2 et 3/12
Ce soir à 20 h 50 sur Canal+.

 

Du cul, du cul, et encore du cul : depuis quelque temps, les séries originales de Canal+ sont cul ou ne sont pas. Après Pigalle la nuit et Maison Close, Hard revient pour une deuxième saison de douze épisodes sur la chaîne cryptée. Dans la première, Sophie (Natacha Lindinger) perdait son mari et du même coup gagnait sa société à diriger : une boîte de prod de films pornos, baptisée SophX en hommage à Bobonne. Pas vraiment cette société informatique dont lui avait parlé feu son époux pendant toutes ces années… Ressort comique évident de cette saison-là, la confrontation entre le monde de Sophie, bourgeoise mal baisée, catho précieuse, avec l’univers cru et un peu beauf du porno.

Dans cette seconde saison, toujours créée par la jeune Cathy Verney (directrice artistique, réalisatrice de la moitié de la saison et coscénariste), on retrouve une Sophie un peu déniaisée, plus à l’aise dans son rôle de chef d’entreprise, qui tente d’imprimer sa marque sur la société : SophX propose désormais de réaliser des fantasmes féminins. Il y a celles, plan-plan, qui veulent de l’uniforme (pompier, policier, infirmier, pilote…) et un poil de mise en scène. Celle-ci déguisée en militaire, qui prend son pied à donner des ordres à des hommes en treillis. Et puis, très gros budget oblige, le fantasme de la femme d’un secrétaire d’Etat, remake en 35 mm des scènes orgiaques d’Eyes Wide Shut. Le tout sur fond de magouilles avec des magnats du porno hongrois.

Les scénaristes n’ont pas hésité à avoir la main lourde sur tous les clichés du X. Dès qu’une scène se passe dans les locaux de la boîte, il y a toujours, toujours, un bout de fesse, un téton, une scène de cul dans un coin du cadre. Les hardeurs s’expriment en spécialistes — « On fait pipe, levrette, spoon, spoon anale et puis éjac » — et sont dotés du quotient intellectuel d’une pompe à vélo. La palme revenant à Joujou, qui a raté trois fois son BTS Tourisme, et à Corrado, « l’étalon ibère », sorte de sosie de Francis Cabrel avec un impossible accent espagnol.

Les clichetons sont aussi valables dans l’autre monde, celui de Sophie : les voisins de banlieue, sa mère control-freak ; ce cousin prêtre illuminé ; ce fils pas encore homo mais ami des bêtes… Dans cette saison, c’est Roy Lapoutre (François Vincentelli), l’amoureux de Sophie, qui devra trouver sa place dans cet univers-là. Nouveau ressort comique évident : la rencontre entre le pornostar (le moulage latex de son engin se vend très bien sur le « Télé à chattes » de SophX), qui descend prendre son ptit dej en tee-shirt « Hot d’or 2006 », et la famille de Sophie, sidérée.

Les hardeurs sont des caricatures de hardeurs, les bourges, des caricatures de bourges, Guillaume Gallienne (qui joue son propre rôle en même temps qu’un amour de jeunesse de Sophie) est une caricature de Guillaume Gallienne (« Alors toi, tu casses le quatrième mur, comme ça, tranquille »)… Même « l’esprit Canal », auquel Verney fait plusieurs clins d’œil, est une caricature de « l’esprit Canal ». Mais miracle : malgré tout ça, Hard n’est jamais bête, jamais graveleux. Avec son générique rose et laiteux, tout plein de gémissements, de nénés, de boules de geisha et de sex toys à peine abstraits, Hard aborde le porno avec beaucoup d’humour. Pas coincé, mais pas vulgos non plus : c’est, avant tout, une comédie romantique, avec des dialogues souvent délicieux.

Paru dans Libération du 30 mai 2011


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