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mercredi 29 octobre 2008 15:06

  • cinéma

« Hellboy II » : gros plein de freaks

Cornes. Del Toro s’attarde sur le mal-être du personnage diabolique, qui ne supporte pas sa condition.

par Olivier Séguret

DR

Hellboy II : les Légions d’or maudites, de Guillermo del Toro, avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, Jeffrey Tambor, John Hurt... 1h59.

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Longtemps, le cinéma de spectacle hollywoodien a consisté à proposer un réenchantement du monde. Le travail de Guillermo del Toro avec Hellboy consiste pour sa part à formuler un désenchantement du monstre. Pourtant, on ne voit pas, depuis Tod Browning, de cinéaste ayant développé au fil de ses films un tel amour du monstre, une empathie si puissante qu’elle confine à l’identification. Mais c’est précisément parce que Del Toro l’aime qu’il désenchante le monstre. C’est justement parce qu’il a une âme et parce que celle-ci est contradictoire et complexe que son Hellboy est un type si cafardeux, un personnage psychologiquement si moyen, si profondément prisonnier de son destin, cette condition non-humaine contre laquelle, pathétiquement, il se bat. Par exemple en se limant les cornes...

Avec cet épisode II, Guillermo del Toro prolonge, amplifie et embellit l’étrange dessein qu’il semble avoir fixé à son superhéros postmoderne  : partager le sort des hommes. Mais au prix d’un renoncement, peut-être d’une trahison  : il lui faudra d’abord éliminer certains des siens. C’est en effet tout l’outre-monde des monstres, jusqu’ici cantonné dans un espace-temps parallèle, qui est entré en guerre contre l’humanité dans Hellboy II, avec à leur tête le prince Nadua, créature des ténèbres déterminée à rompre la trêve millénaire autrefois signée par ses aïeux.

Parmi les morceaux de bravoure du film, le très bel épisode qui voit l’agonie du monstre « élémental » God Forest donne à Hellboy II le mouvement de bascule nécessaire à une nouvelle gravité. On trouvera de même à l’œuvre dans certaines séquences déployées autour de l’enfance de Liz, fiancée pyrokinétique (c’est-à-dire hautement inflammable à la moindre contrariété) du héros, un souffle mélancolique assez poignant. D’ailleurs, parmi les liens scénaristiques qui unissent le premier Hellboy et ce second, le développement, pourtant casse-gueule, de l’histoire d’amour saugrenue mais très intense entre Liz et le héros signe sans doute la plus habile réussite.

Les « légions d’or » qui donnent son sous-titre au film n’y prennent place qu’une heure et demie après son début, pour une scène spectaculaire, mais moins surprenante et personnelle que le reste du film. Outre la figure de Hellboy lui-même, c’est de toute façon à l’intention du troublant personnage de Nadua, prince de l’invisible, que Del Toro démontre le plus d’égards. Sa mystique écolo-révolutionnaire, son anarchisme violent, son glamour gothique : tout chez lui effraie et séduit. Il rappelle étrangement Dante, héros du jeu vidéo Devil May Cry. D’ailleurs, un diable qui pleure, c’est tout à fait lui.

Paru dans Libération du 29 octobre 2008


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