jeudi 8 mai 2008 06:43
Israël et Palestine par l’intime
Docu. Des images rares pour évoquer le conflit.
par Marc Semo
tags : documentaire , politique
De Auschwitz à Jérusalem, de Serge de Sampigny. M6, 22h30.
Pour les uns, la proclamation de l’Etat juif, en mai 1948, représentait la concrétisation du vieux rêve du retour sur la terre d’Israël, psalmodié depuis deux mille ans dans les prières : « l’an prochain à Jérusalem ». Pour les autres, les Arabes de Palestine, commençait la aqbah, la catastrophe. Surmédiatisé au quotidien, le conflit israélo-palestinien a déjà fait l’objet d’un nombre incalculable de documentaires et une nouvelle avalanche déferle avec le soixantième anniversaire d’Israël. De Auschwitz à Jérusalem, le film de Serge de Sampigny – M 6 diffuse, la semaine prochaine, Israël-Palestine, 60 ans de violence, de Mathieu Schwartz – tranche à la fois par la clarté d’une narration aussi pédagogique qu’équilibrée, et plus encore par la qualité de ses archives. Il y a là des images bouleversantes et relativement connues comme celles sur la Nuit de cristal, sur les camps de la mort ou sur l’extermination des Juifs dans la campagne ukrainienne. Mais il y en a aussi d’autres beaucoup plus rares : on y voit le quotidien d’un htetl (village juif slovaque) d’avant la guerre, ou la traversée de l’Europe par des rescapés des camps de la mort jusqu’à l’émigration vers la Terre promise. La grande force de ce documentaire est de raconter une histoire plus personnelle, à plusieurs voix témoignant des mémoires opposées, au travers de films amateurs de familles juives et arabes. Il y a les Welle, bourgeois juifs de Berlin qui émigreront vers Israël avant l’Holocauste, la famille Katz en Lituanie, des sionistes socialistes comme Arens que l’on voit dans l’un des premiers kibboutz. Dans ces années de l’entre deux guerres, les familles arabes de Palestine filment et photographient, elles aussi, leur vie quotidienne. On y voit les Saïd, bourgeois chrétiens de Jérusalem ; le petit Edouard, en culotte courte devant la maison, partira aux Etats-Unis et deviendra l’un des plus grands intellectuels palestiniens. Il y a les Khouri qui rêvent de revoir un jour leur maison de Jaffa, ou Abu Hicham, jeune paysan arabe de Galilée, qui a dû fuir à pied son village pour les camps de réfugiés au Liban.
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