lundi 18 mai 2009 10:26
«Hollywood est un trou noir»
Interview de Park Chan-wook, réalisateur de «Thirst».
par Christophe Ayad
tags : fantastique , interview , Cannes 2009
DR
N’étaient quelques rares cheveux blancs, le Sud-Coréen Park Chan-wook, 45 ans, pourrait passer pour un étudiant attardé. «Thirst est le premier film coréen coproduit par Hollywood. Les investisseurs coréens avaient peur de se risquer seuls. Mais si ma liberté avait été limitée, j’aurais dit non. Plus qu’un vampire, Hollywood est un trou noir qui aspire tout sur son passage. Mais les réalisateurs qui vont travailler là-bas ne sont pas naïfs. Plus que l’argent, ils sont attirés par les moyens et la liberté. L’acteur principal, Song Kang-ho, est la plus grande vedette coréenne, ce qui nous a bien aidés. «A sa sortie en Corée, le film a battu tous les records dès la première semaine malgré l’interdiction aux moins de 18 ans. Le public a réagi de manière extrême et partagée : pour les uns, c’est mon meilleur film ; les autres le trouvent choquant, dégueulasse. «A l’origine, je me posais une question : quels dilemmes doit affronter un prêtre catholique qui devient vampire ? Petit, j’allais à l’église, la figure du prêtre m’intéresse. Chez moi, je mène une vie ennuyeuse et grise, donc je m’amuse beaucoup quand j’écris le scénario. Je n’ai pas fait d’école, donc j’écris ce qui me passe par la tête. Je ne travaille jamais seul, j’aime discuter, aller manger des bonnes choses pendant cette phase. Le vampire est un fantasme. Je voulais une approche réaliste et scientifique, montrer la vie d’un vampire comme s’il existait réellement. «Le mal, c’est de ne pas prendre ses responsabilités, c’est d’adhérer à la faute qu’on a commise, intentionnellement ou pas. Il n’y a rien dans la vie qui puisse nous sauver à coup sûr de quoi que ce soit. Mais un film peut changer la vie. «C’est Vertigo de Hitchcock qui m’a donné envie de faire du cinéma. J’étais à l’université et je l’ai vu sur une cassette vidéo piratée. Je ne l’ai jamais revu, de peur d’abîmer ma première impression. Aujourd’hui, les deux cinéastes dont je me sens proches sont morts : il s’agit de Kim Ki-young et Ingmar Bergman. «Il y a eu tellement de changements brutaux dans l’histoire récente de la Corée que cela nous donne une urgence à raconter des histoires.» Paru dans Libération du 16 mai 2009
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