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mardi 30 décembre 2008 14:43

  • cinéma

Hollywood, grève de saison ?

Cinéma. A l’instar des scénaristes en 2007, le principal syndicat d’acteurs réclame une renégociation des pourcentages sur les nouveaux supports. Pour l’instant sans succès.

par Bruno Icher

Pour la seconde année consécutive, une menace de grève à Hollywood plombe quelque peu l’ambiance à l’approche de la saison des récompenses (Golden Globes, oscars, etc.). Cette fois, ce sont les acteurs qui affrontent le syndicat des producteurs, l’AMPTP (Alliance of Motion Picture and Television Producers), à l’occasion de la renégociation triennale de leurs accords. Le principal syndicat des acteurs, la Screen Actors Guild (SAG), demande que les revenus issus des nouveaux médias (Internet, DVD, vidéo à la demande) soient partagés de manière plus équitable. Depuis plus de six mois, et bien que le texte actuellement en vigueur aurait dû faire l’objet d’un nouvel accord en juillet dernier, l’AMPTP reste inflexible, et personne, ni d’un côté ni de l’autre, n’a approché la table des négociations depuis la mi-novembre.

En substance, les revendications de la SAG sont très proches de celles des scénaristes affiliés à la Writers Guild Association (WGA) qui, en novembre 2007, avaient déclenché une grève de cent jours pour faire céder la même AMPTP. Occasionnant une perte tantôt chiffrée à 400 millions de dollars, tantôt à 1,5 milliard, voire à plus de 2 milliards, ce conflit avait entraîné de sévères perturbations. Tournages ajournés ou annulés, séries télé amputées, audience des talk-shows en berne... Le seul grand feuilleton de l’hiver avait ­consisté à observer un aréopage de stars en tenue décontractée, apportant soutien, sandwiches et boissons fraîches aux piquets de grève devant tous les grands studios de Los Angeles. Cette belle unité de la profession, largement relayée par les médias, avait finalement donné l’avantage aux grévistes et la perspective de voir la cérémonie des oscars annulée, après celle des Golden Globes, avait hâté l’issue de la crise.

Cette fois, les équipes de télévision ne devraient pas avoir grand-chose à se mettre sous l’objectif, tant l’hypothèse d’une grève s’éloigne de jour en jour. Le vote du 2 janvier, assorti d’un mot d’ordre d’Allen Rosenberg, le président de la SAG, en faveur d’un arrêt de travail, a été annulé de crainte que le suffrage n’obtienne pas les indispensables 75 % des 120 000 adhérents. L’annulation a été officielle le 23 décembre quand la SAG, par l’intermédiaire de Doug Allen, négociateur en chef du syndicat, a fixé au 12 janvier la tenue d’une réunion pour « trouver un nouveau consensus » au sein des acteurs américains.

Une reculade inévitable en raison d’une lettre ouverte, signée par 130 poids lourds du box-office appelant à ne pas voter une grève « qui créerait davantage de difficultés économiques ». Dans cette lettre, les George Clooney, Tom Hanks, Matt Damon, Cameron Diaz ou Charlize Theron demandent à la SAG, dont ils sont tous membres, de s’unir avec les autres syndicats de Hollywood afin de trouver rapidement un accord pour les trois prochaines années.

Jusqu’à la semaine dernière, Rosenberg n’en démordait pas, déclarant au ­quotidien hollywoodien Variety : « Nous ne nous sacrifierons pas dans de telles proportions, alors que des sociétés investissent par milliards dans les nouveaux médias. » Sa détermination n’est manifestement plus à l’ordre du jour.

Car l’inquiétude des grosses pointures de la SAG est double. Elles craignent qu’un conflit ne profite à un autre syndicat, plus jeune, l’American Federation of Television ans Radio Artists (AFTRA), qui regroupe 70 000 membres travaillant majoritairement pour la télévision et qui, lui, a ratifié l’accord avec l’AMPTP en juin dernier. Du coup, de nombreux programmes, principalement de télé-réalité, ne seraient pas affectés par une grève de la SAG. Comme les producteurs, forts de la leçon de l’an dernier, ont mis les bouchées doubles pour enregistrer les séries les plus populaires, ils ont le temps de voir venir.

Surtout, la SAG, comme tout Hollywood, craint une année 2009 qui ne se profile pas sous les meilleurs auspices. Certes, le chiffre d’affaires du cinéma américain en 2008 est en passe de battre son record historique de 9,6 milliards de dollars établi l’année précédente. Dix ans auparavant, ce chiffre était de 6,8 milliards, mais ce bond spectaculaire est principalement dû à l’augmentation du prix du billet, et non à la fréquentation des salles, en baisse constante depuis presque vingt ans.

Or, la tendance devrait se poursuivre l’année prochaine avec le débarquement de la 3D en salles, nécessitant d’énormes investissements, qui, à coup sûr, ne manqueront pas d’être répercutés sur le prix du billet. Pour ces stars comme pour beaucoup d’adhérents de la SAG, une grève aujourd’hui relèverait du suicide collectif.

Paru dans Libération du 30 décembre 2008


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