Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

jeudi 2 décembre 2010 18:16

  • internet

Houellebecq est-il libre ?

Le juriste Florent Gallaire avait mis en ligne l’intégralité du dernier Goncourt, arguant qu’il était de facto sous licence libre. Après des menaces de Flammarion, il l’a finalement retiré.

par Camille Gévaudan

tags : licence libre , Wikipédia , creative commons , livre , droits d’auteur

Michel Houellebecq , le 8 novembre, à l’occasion de l’annonce du Prix Goncourt - Photo REUTERS/Benoit Tessier

Faute de faire l’unanimité, le dernier roman de Michel Houellebecq aura probablement réussi à établir un record — celui du Goncourt ayant le plus largement circulé gratuitement sur Internet. On doit cette initiative au juriste Florent Gallaire, qui, considérant que le livre a été publié sous licence libre car il contenait des passages extraits de Wikipédia, l’a mis en ligne au format PDF le mois dernier. Sa provocation a eu l’effet escompté : médiatiser l’affaire, lancer un débat juridique, contraindre l’auteur à s’expliquer, énerver la maison d’édition. Finalement, menacé d’un procès par Flammarion, Florent Gallaire a retiré aujourd’hui de son site les liens permettant de télécharger le livre.

C’est un article de Slate, publié deux jours avant la sortie officielle du livre et intitulé « La possibilité d’un plagiat », qui a ouvert la polémique. « Dans son dernier roman, l’excellent “La carte et le territoire”, l’écrivain se lance dans de fastidieuses digressions sur la mouche domestique ou la ville de Beauvais. Ça ressemble tellement à du Wikipedia qu’on a voulu faire le test, explique Vincent Glad, auteur de l’article. Et surprise, au moins 3 passages du dernier Houellebecq sont empruntés à l’encyclopédie en ligne. » Parmi les nombreuses et longues descriptions qui peuplent le roman, certaines possédaient en effet un style encyclopédique caractéristique qui tape à l’œil familier de l’encyclopédie en ligne : des phrases simples et dépouillées, d’une neutralité absolue et strictement factuelles. La comparaison est sans appel : trois descriptions du livre (la ville de Beauvais, la mouche domestique et le portrait de Frédéric Nihous) reprennent mot pour mot (ou avec de légères modifications) les fiches Wikipédia traitant ces sujets.

Comparaison par Slate

Immédiatement, Flammarion confirme l’emprunt des extraits textuels mais conteste le mot de « plagiat », « ce qui constituerait une accusation très grave », invoquant à la place le droit de courte citation. Problème, explique alors sur son blog le juriste Florent Gallaire, spécialisé en droit numérique : l’exception de courte citation ne s’applique pas au travail de Michel Houellebecq car les passages empruntés ne sont pas clairement présentés comme des citations, et n’indiquent de surcroît ni leur auteur ni leur source. Gallaire inclut cette précision juridique dans une longue argumentation tentant de démontrer que La carte et le territoire viole la licence de Wikipédia (Creative Commons BY-SA 3.0) qui impose deux conditions : la citation de l’auteur et un « partage des conditions initiales à l’identique ». Mais selon lui, le livre, qui est une œuvre dérivée de Wikipédia, doit pouvoir être mis en conformité avec la loi si on le redistribue sous la licence appropriée. Et pour marquer le coup, Florent Gallaire procède lui-même à cette « mise en conformité » : il met en ligne le PDF du livre.

Première page du PDF publié par Florent Gallaire

La thèse du juriste est réfutée par plusieurs personnalités, qui reconnaissent la violation de la licence Creative Commons mais doutent que celle-ci doive automatiquement s’appliquer à l’intégralité de l’œuvre dérivée. Adrienne Alix, présidente de Wikimédia France, évoquait aussi dans Rue89 la question de l’originalité de ces textes : « s’ils ne présentent pas une recherche spécifique dans le vocabulaire et l’expression utilisée, la question de leur protection par le droit d’auteur peut se poser. » Emmanuel Pierrat, directeur de collection chez Flammarion et ancien avocat de Houellebecq, est quant à lui convaincu que le « point du règlement » cité par Gallaire « ne s’applique en rien au travail personnel d’un individu qui s’est inspiré des articles de l’encyclopédie. » Le principal intéressé, lui, s’en fiche et revendique un illustre héritage littéraire pour justifier son effet de style en forme de copié-collé :

Un prix Goncourt et d’innombrables téléchargements du PDF plus tard, la maison d’édition se décide à employer les grands moyens. « Nous allons entreprendre des démarches juridiques à l’encontre des intéressés en commençant par une mise en demeure, annonçait à l’AFP le directeur général des éditions Flammarion, Gilles Haéri. Et si cela ne suffit pas, nous engagerons des actions. » Mais manifestement, cela a suffi. Le juriste rebelle a mis à jour son blog ce matin : « Sans reconnaître aucun délit et en maintenant totalement la pertinence de mon analyse juridique, j’ai accédé à la demande de Flammarion de retirer du site les liens permettant de télécharger l’œuvre. ».


Il y a 18 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

licence libre - VLC, le lecteur milliardaire

Wikipédia - Wikipédia au secours de la recherche ?

creative commons - Houellebecq : « Je remercie Wikipedia, que j’ai utilisé comme source d’inspiration »

livre - 1001libraires.com met la clé sous le portail

droits d’auteur - Elysée : une spécialiste de la propriété intellectuelle au cabinet

article précédent
Iron Man in the UK
article suivant
Apple et Nokia illustrent les inégalités Nord-Sud


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Camille Gévaudan
  • réactions (18)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • WikiLeaks : et mon réseau, c’est du poulet ?
  • « Acte II de l’exception culturelle » : le décor est planté
  • Un clip dans ses petits papiers
  • Facebook, une entrée en bourse « préparée avec négligence » ?
  • Google-Motorola : les brevets qui valaient 12 milliards

Lib.fr

  • Fillon critique un «petit festival» de couacs au gouvernement
  • Après la manifestation, 400 arrestations à Montréal
  • Hollande est rentré de Bruxelles en voiture
  • L'UE dit oui à la Grèce dans la zone euro, mais demande plus d'efforts
  • Feuilletez le cahier Livres
publicité

Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Chronophage

Spewer

Attention, jeu dégueu.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »


No comment

img75
Tu sais, Brad...

« J’aime venir de temps en temps ici et regarder les avions passer. »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008