lundi 8 février 2010 11:40
« Huis clos sur le Net » enfermé dans les clichés
par Isabelle Hanne
tags : journalisme , twitter , facebook
Le compte Twitter @HuisClosNet, régulièrement mis à jour, hum - DR
Huis clos sur le Net, c’est fini. Vous savez, cette expérience i-né-dite. Cinq journalistes des Radios francophones publiques (RFP) - Radio Canada, France Inter, France Info, la RSR et la RTBF - se sont exilés pendant cinq jours dans un gîte du Périgord. Coupés des radios, télés et autres journaux, ils ne pouvaient s’informer qu’avec le site de micro-blogging Twitter et le réseau social Facebook. L’opération s’est achevée vendredi. Débriefe. Sur le plan de la com’, l’opération a été un franc succès. Huis clos sur le Net était l’un des cinq thèmes les plus évoqués sur Twitter pendant toute la semaine. Même les Guignols de l’info y ont fait référence, lundi soir. Conséquence de cette médiatisation, les cinq journalistes-cobayes ont dû faire face à une véritable « cabale » des internautes, selon Anne-Paule Martin (RSR), qui ont rapidement souligné les défaillances du dispositif. Pour que l’opération soit bien menée, il aurait fallu ne pas l’annoncer. De fait, cela a modifié les comportements des utilisateurs de ces réseaux sociaux. Certains ont été plus réactifs, plus précis, et plus productifs que d’habitude, adressant directement leurs infos aux cinq participants. D’autres, au contraire, se sont amusés à faire circuler des fausses informations. Et puis, derrière Huis clos sur le Net, quel agenda ? L’opération a en effet ravivé l’éternel clivage entre médias dits traditionnels et nouveaux médias. On l’accusait d’être télécommandée par les RFP à la seule fin de démontrer la suprématie des « grands » médias sur les autres. Benjamin Muller, de France Info, s’en défend : « On n’avait ni ordre ni feuille de route. C’était une expérience sans aucun a priori. » Pas question ici de remettre en doute le sérieux et la bonne foi des participants. Mais les conclusions de Huis clos n’étaient-elles pas déjà écrites à l’avance ? Quels enseignements en ressortent, sinon des notions que les utilisateurs de ces réseaux sociaux savent déjà ? D’abord, que la qualité de l’info récoltée dépend de son réseau. Evidemment. Sur le blog officiel, Janic Tremblay (Radio Canada) note que « sur Twitter, la perception et le décodage du monde dépendent beaucoup des membres du réseau ». Deuxième apprentissage : selon Benjamin Muller, « il y a une énorme différence entre les informations traitées par les journalistes et celles les plus mises en avant sur Twitter. Celles qui, du coup, intéressent les gens. Ça pose une vraie question. » Et la nécessité de faire un tri : le Web, c’est fouillis. « La mise en perspective des infos est difficile, car on est soumis à un flot ininterrompu et parfois les sources manquent », expliquait Nour-Eddine Zidane, vendredi matin sur France Inter. Là non plus, pas une grande nouveauté. Dernier enseignement : sauf dans quelques cas rares, mais spectaculaires (le crash d’un avion dans l’Hudson, le séisme en Haïti…), les réseaux sociaux ne sont pas des médias à part entière, mais des vecteurs, des canaux de diffusion. « Il ne faut pas opposer les deux, affirme Muller. Les médias classiques sortent une info, Twitter la relaie. Ce sont deux choses complémentaires. » Huis clos sur le Net a bien été une expérience. Pour le grand public, certainement, qui a entendu parler de Twitter au quotidien sur sa radio préférée. Et pour les cinq journalistes, plutôt novices en la matière. Pour les autres, ce Huis clos a enfoncé des portes ouvertes. Paru dans Libération du 08/02/10
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