jeudi 17 septembre 2009 09:01
« Humpdays », enfilés mignons
par Bruno Icher
tag : gays&lesbiennes
Un petit dîner avant que ça parte en nouilles... - DR
Il y a plus de trente ans, Mario Monicelli (qui va gaiement vers ses 94 ans) écrivait une sorte de testament de la comédie italienne. C’était Mes chers amis, chronique hilarante à l’arrière-goût amer à propos d’une bande de quinquagénaires incapables d’arrêter leurs bêtises de gamins. Ainsi, une scène d’anthologie montrait la fine équipe sur un quai de gare en train de gifler à la volée les passagers d’un train au départ penchés à la portière de leur wagon. Les torgnolés écumaient de rage sans pouvoir descendre du train tandis que les vieux crétins, hilares, s’enfuyaient en lâchant des obscénités. Toutes proportions gardées, Lynn Shelton s’est livrée à un exercice comparable avec ce Humpday, réalisant un film poilant et âpre, répondant à toutes les caractéristiques du cinéma indépendant américain, comme pour mieux en signifier la quasi-extinction. Au passage, la réalisatrice écorche sans ménagement une génération entière (la sienne) qui, à force de rêver à un monde meilleur, a laissé à d’autres, probablement moins qualifiés, le soin de le bâtir. L’affaire démarre avec Andrew (Joshua Leonard), sympathique barbu fauché et sans-gêne, débarquant avec son sac à dos chez son vieux copain de fac Ben (Mark Duplass). On devine que ces deux-là ont fait les quatre cents coups, se racontant des nuits entières quels grands hommes ils n’allaient pas manquer de devenir. Sauf que les années ont produit leur effet et que le débarquement d’Andrew fait autant plaisir à Ben que si une escouade de mouches à merde avait pris possession de sa chambre à coucher. D’autant que Ben n’est plus tout seul. Il partage désormais son existence avec une jeune femme ravissante, pleine de vie quoique légèrement focalisée sur le fait de tomber enceinte dans les meilleurs délais. Accessoirement, elle est chiante comme la pluie, phénomène météo récurrent dans cette lugubre banlieue de Seattle. A ce propos, il est assez spectaculaire que la tendance actuelle du cinéma américain à faire des femmes d’une trentaine d’années des harpies castratrices vaguement totalitaires soit développé ici avec autant d’entrain par une femme. Toujours est-il que les deux compères finissent par retrouver quelques vieux réflexes oubliés. Notamment ceux, vieux comme l’internat, de picoler et fumer jusqu’au bout de la nuit en se promettant des choses absurdes. Et voila comment Ben et Andrew jurent devant témoins qu’ils vont participer à Humpfest, sympathique manifestation culturelle organisée une fois l’an par le magazine alternatif local The Stranger. Il s’agit d’un [concours de la meilleure vidéo porno amateur qui, une fois récompensée par le jury, est mise en ligne à la grande joie des voisins, de la famille et des amis des gagnants. Ce point est rigoureusement authentique et, d’ailleurs, il n’est pas trop tard pour y participer puisque la clôture des inscriptions est fixée au 21 septembre. Le credo de Ben et Andrew, tous deux gay friendly militants mais fondamentalement hétéros, consiste à filmer leur première expérience homosexuelle. A part les questions purement techniques (lequel des deux va mettre quoi et dans quel orifice ?), les deux hommes découvrent les limites vite atteintes de leur courage et que leur jeunesse audacieuse n’est plus guère qu’un souvenir entretenu à force d’hypocrisie et d’aveuglement. C’est un peu triste ? Certainement. Mais avec Lynn Shelton, c’est très amusant. Humpday de Lynn Shelton avec Mark Duplass, Joshua Leonard… 1 h 35. Paru dans Libération du 16 septembre 2009Harpies
Aveuglement
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