mercredi 12 mars 2008 15:39
eBay : « Notre modèle dérange de plus en plus de monde »
par Christophe Alix
tags : interview , justice , commerce électronique , ebay
Alors que la direction du premier site d’enchères au monde (276 millions d’utilisateurs dans le monde, 12 millions en France) se considère l’objet « d’attaques de plus en plus agressives » concernant la sécurité et surtout la vente de produits contrefaits sur sa plate-forme, elle a choisi de répliquer en diffusant largement à partir d’aujourd’hui une lettre ouverte à sa « communauté » d’acheteurs et de vendeurs. Précisions et explications avec Alex Von Schirmeister, le directeur général allemand de eBay France. Quel est le sens de cette lettre ouverte ? En quoi vous sentez-vous attaqués comme vous le dites ? Après l’appel à la grève récemment lancé par quelques-uns de nos vendeurs — et très peu suivi — pour protester contre certaines modifications de nos règles, il nous a paru opportun de rappeler qu’eBay est et reste aux côtés de ses utilisateurs. Notre modèle a apporté une liberté de choix qui n’existait pas avant avec une offre très riche, une complète liberté des prix et permis à tous, vendeurs comme acheteurs, d’améliorer leur pouvoir d’achat. Nous sommes depuis quelques temps victimes d’attaques de plus en plus fréquentes qui nous paraissent largement exagérés au regard des problèmes constatés sur le site et nous avons donc décidé de réagir. Quelles sont ces attaques et d’où proviennent-elles ? Nous sommes d’abord attaqués par certains élus comme le sénateur Philippe Marini. Ce dernier vient de déposer une proposition de loi qui, si elle était adoptée, reviendrait à éradiquer les sites d’enchères tels que nous les connaissons, puisqu’il propose de placer les places de marché comme la nôtre sous le contrôle du conseil des ventes, l’instance régulatrice des commissaires-priseurs. Autrement dit, il s’agirait d’aligner le régime juridique d’eBay sur celui de ces officiers ministériels et donc, en quelque sorte, de soumettre la vente d’un téléphone mobile à l’expertise préalable d’un commissaire-priseur ! On voit bien comment ce type de régimes condamnerait notre modèle basé sur la possibilité laissée à quiconque de vendre directement en ligne. Pas d’autre souci à l’horizon ? Certaines marques s’attaquent également à nous, principalement dans le luxe avec LVMH et l’Oréal. Pour la première fois, nous allons être cités à comparaître au pénal devant un tribunal, à Fontainebleau, pour complicité de recel de contrefaçon. Plutôt que de coopérer avec nous pour lutter contre la contrefaçon, ces marques préfèrent nous en rendre 100% responsables. Or on ne peut lutter contre ce fléau que tous ensemble. Sans co-détection et partage d’informations comme avec notre système Vero, il est bien plus difficile d’y parvenir. Si une marque par exemple nous dit qu’elle n’a jamais fait de tee-shirts bleus, nos outils de filtres nous permettent de repérer facilement les tee-shirts contrefaits de cette marque. Voilà à quoi sert la collaboration, déjà pratiquée par une centaine de marques, dont nous ne pouvons pas révéler les noms en raison de clauses de confidentialité qui nous lient. Nous allons d’ailleurs publier un livre blanc sur ces filtres, très performants. Grâce, entre autres, à ces outils, eBay a pu retirer l’an dernier 2,2 millions d’objets suspects à la vente et contribuer à 500 arrestations dans le monde. On a tout de même l’impression qu’avec le développement de l’activité, les litiges ont tendance à se multiplier chez eBay... Non, on ne constate pas spécialement d’inflation des litiges. Ebay se porte même très bien en France et se situe au premier rang des sites de e-commerce, fréquenté chaque mois par 40% des internautes français. Mais il était important de maintenir l’équilibre entre vendeurs et acheteurs et c’est la raison pour laquelle nous avons mis fin au système, perverti, de notation des acheteurs par les vendeurs. Ces derniers doivent comprendre que la concurrence est à un clic et que les acheteurs insatisfaits ont l’embarras du choix pour acheter ailleurs. Voilà pourquoi on leur impose de nouvelles règles afin de corriger certains abus. Ceux qui sont professionnels doivent se déclarer comme tels et si nous avons un reproche à nous faire, c’est de ne pas avoir passé assez de temps à expliquer en quoi ces changements seront bénéfiques à l’ensemble de notre communauté. Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que le modèle d’Amazon ou de Priceminister, dans lequel le site joue le rôle de tiers de confiance et garantit la validité des transactions, est plus sûr, plus professionnel pour les millions d’usagers des places de marché ? Ce serait un changement complet du modèle économique sur lequel s’est construit eBay et qui est basé sur la confiance. Ce n’est pas envisageable. Cela ne signifie pas que nous ne mettons pas de plus en plus l’accent sur le sujet clé de la sécurité. A ce jour, plus de 2000 de nos 12 000 salariés sont dédiés à des tâches d’authentification, de traçabilité et de sécurité des annonces et des transactions. Alors pourquoi a-t-on parfois l’impression que le modèle eBay commence à montrer ses limites, à se lézarder ? Je crois que « notre modèle totalement inédit de distribution dérange de plus en plus de monde » au fur et à mesure qu’il conquiert de nouveaux clients. Les commissaires-priseurs, l’industrie du luxe aux circuits bien balisés ne s’habituent pas à notre présence et c’est la raison pour laquelle nous sommes de plus en plus attaqués et agressés. Pourtant, je ne vois pas en quoi le fait qu’une jeune fille qui a reçu un flacon de parfum de sa mère le revende sur eBay est un problème. C’est la liberté du consommateur, une nouvelle forme d’échange qui ne passe plus par les intermédiaires classiques. Je crois que c’est cela qui dérange. Mais nous sommes sereins, nous savons que notre modèle, qui a fait ses preuves, reste une formidable invention.
Il y a 18 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article

