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mardi 29 mars 2011 09:07

  • télévision

Il faut bombarder « Carré Viiip »

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : télé-réalité , TF1

Photo TF1

Il est minuit moins cinq à la Plaine-Saint-Denis. Le compte à rebours a commencé ; déjà, il n’est plus question de jours mais d’heures : le Conseil de sécurité des Nations unies doit voter la résolution contre le colonel Paolini. Ce PDG de TF1 est un maniaque de la télé-réalité. Téléterroriste il a été, téléterroriste il demeure. Et tout ce qu’on raconte depuis des années sur la prétendue rédemption de TF1 est bidon. Ben quoi ? Oui, nous sommes les Bernard-Henri Lévy de Carré Viiip. Car TF1 et son gang, la petite mafia de gangsters minables — désolé, mais c’est ainsi que BHL désigne Kadhafi et ses troupes — d’Endemol, ont lancé vendredi et en toute impunité une offensive meurtrière et barbare, un infamant massacre du cerveau pour faire régner la connerie en France. Monsieur le Président, nous vous adjurons : bombardez Carré Viiip.

 

L’idéologie de la laideur

 

D’abord un point de vocabulaire : ne dites pas « vi-aille-pi » en croyant faire les malins, dites « viiip ». C’est en effet le petit cri strident que, tout en faisant pipi dans son string, pousse la midinette à la vue d’une vedette : « Oh, regarde, Bernard Accoyer ! Il est trop viiip… » Et être « viiip », c’est aussi vivre « viiip ». A cet égard, vendredi soir, on a pu constater de nos yeux les outrages commis par TF1. Cet appartement aux dimensions ceaucescuesques planté à la Plaine-Saint-Denis dégueule d’or, de peaux de bête en synthétique, de simili-lingots pavant le jacuzzi, d’angelots et d’amphores semés autour de la piscine, tandis qu’un violet pétard à coller la jaunisse à Valérie Damidot macule le tout. Inutile de chercher Leïla Trabelsi au Qatar : elle a été débauchée par Endemol pour la déco de Carré Viiip.

De tels attentats suffiraient déjà à vitrifier la zone, mais il y a, avançant sa lippe derrière cette idéologie de la laideur, le hideux concept. Là, il nous faut prononcer un mot pourtant interdit par la convention de Genève et partant dans ces pages : le « buzz ». Les participants de ce génocide rétinien doivent le faire, le buzz, pour ne pas être éliminés. Le journal 20 minutes a pu interroger Claude Lacaze, d’Endemol, auteur à coup sûr du Livre vert du colonel Paolini et théoricien de l’immonde : « Hier, le buzz était la conséquence d’un programme, on donnait des interviews […] à la sortie du Loft. Ici, c’est la cause : le buzz fait partie intégrante du concept. » Démoniaque mais implacable logique décrite par ce Lacaze comme « l’avènement de la social TV ». Il faudra donc créer le scandale pour alimenter la presse pipeule et rassasier les hordes d’internautes en chaleur, mesuré par un pifomètre, non, un « Viiipomètre » (« développé par les plus grands chercheurs ») qui décidera de l’avenir des candidats. Certains « seront au top » ; d’autres « seront au flop ». Et il faudrait laisser faire ça ?

 

Les nervis du colonel Paolini

 

Le colonel Paolini s’est entouré, pour accomplir ces basses œuvres, d’une armée, ou plutôt d’une minable soldatesque, ramassis de soudards et de souillons (wow, nous, on a la chemise blanche qui pousse). Ce sont les candidats. D’un côté, des « viiips ». De l’autre, des « wannaviiips ». Les deux opposés dans une lutte à mort : rester célèbre ou le devenir. Les premiers ont fait leurs armes dans des camps d’entraînement aux noms de sinistre mémoire : Loft Story, Secret Story, Qui veut épouser mon fils… Au nombre desquels nos services de renseignement ont pu identifier Cindy (Secret Story), Giuseppe (fils que personne ne voulut épouser), FX (Secret Story encore), Benoît (Secret Story again) et, toujours de Secret Story, Thomas (qu’on avait laissé un peu efféminé et qu’on retrouve désormais en minijupe ras les bonbons et talons de quinze centimètres). Nous avons même un dossier complet sur cette Afida Turner dont un mariage avec un rejeton de Tina Turner et un changement de prénom n’ont pas réussi à dissimuler la véritable nature : Lesly-du-Loft, hurleuse de chansons à texte (« Tu mens/Tu mens dans le noir ») hélas devenue bilingue (« EVERYBODYISAFUCKINGSTAR », vociféra-t-elle vendredi).

En regard de cette faune, les « wannaviiips ». Des Candice (« quand je rêve, je parle américain »), un obligatoire Kevin, un Jean-Philippe (« monté à Paris pour faire quelque chose de [s]on physique de play-boy »), un Alexandre (« Je suis la réincarnation de Marlon Brando, James Dean et Johnny Depp » qui appréciera depuis son tombeau), une Xénia (« J’ai un physique tapageur : les garçons, je les prends, je les jette. ») ou une idoine Beverly, autoproclamée « Paris Hilton du Sud », à qui la gestion de sa « boutchique » ne suffisait plus. Attention, monsieur le Président, il ne faut pas exclure que, lors de votre intervention militaire, le colonel Paolini confie à ses troupes des armes chimiques, en l’espèce des herpès particulièrement virulents.

 

Odyssey of the String

 

Il est minuit moins cinq, Président, voire moins quatre maintenant, et c’est tout de suite qu’il faut frapper : le colonel Paolini est affaibli. Sa démonstration de force n’a pas suffi : 3,9 millions de téléspectateurs pour le premier prime (loin derrière la série NCIS sur M6) et 18,3% de parts d’audience, on frôle l’accident industriel. Même si le satrape se targue d’avoir touché les cibles commerciales des jeunes et des ménagères de moins de 50 ans. Pire, depuis samedi 19, ses frappes quotidiennes à 18 heures ne font qu’environ 2 millions de victimes. Les populations auraient-elles compris qu’un crime était en train de se jouer sous leurs yeux ? Du coup, de son palais à Boulogne, le colonel Paolini a harangué ses troupes et fait donner encore son funeste Claude Lacaze. « C’est une grande farce au second degré, a-t-il déclaré au Point.[…] On peut même dire qu’Endemol et TF1 pratiquent une forme d’autocritique à travers ce concept. » L’argument ferait rire si des cerveaux humains n’étaient pas en jeu : « Tout est cheap, y compris dans cette maison de carton-pâte, le Carré ViiiP, où les dorures n’ont pas été peintes à la feuille d’or mais avec une bombe achetée 2,50 euros chez Lidl. » Oui, il le dit crânement : ils ont des bombes. Il n’y a plus à hésiter, monsieur le Président, l’opération Odyssey of the String doit être lancée. Nos bombes, elles, ne viendront pas de chez Lidl.

Paru dans Libération du 26/03/2011


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