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samedi 3 juin 2006 13:28

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« Il faut réfléchir aux implications sociales des nouvelles technologies »

Mélanie Rieback, chercheuse à la faculté libre des sciences d’Amsterdam, s’intéresse aux problèmes de sécurité liés à l’emballement technologique.

par Ewen Chardronnet

tag : tribune

L’identification par radiofréquence est une méthode informatique pour stocker et récupérer des données à distance en utilisant des micropuces électroniques appelées marqueurs ou « tags RFID » (pour Radio Frequency Identification Device). Ils sont utilisés dans de nombreuses applications, comme le catalogage de livres en bibliothèque, les passeports biométriques, la traçabilité des palettes dans les entrepôts, ou en implants sous-cutanés dans un contexte médical. Peu coûteux, ils sont pressentis pour remplacer les codes-barres, mais leur petite taille, quasi invisible, rend leur dissémination difficilement contrôlable. Mélanie Rieback, chercheuse en informatique à la faculté libre des sciences d’Amsterdam, est l’une des premières à avoir démontré la diffusion de virus informatiques par ces objets. Elle explique les problèmes de sécurité, notamment de la vie privée, liés à ces systèmes.

Comment avez-vous démontré les failles des systèmes RFID actuels ?
J’ai pris des attaques courantes sur l’Internet et je les ai compressées suffisamment pour qu’elles puissent être lancées à partir d’un marqueur RFID. Cela illustre que des marqueurs RFID peuvent porter le même genre de virus qu’une disquette ou qu’une clé USB et servir de vecteurs pour infecter le système informatique d’un supermarché ou d’un aéroport, par exemple.

Quelle est la différence entre un marqueur passif et un marqueur actif ?
Pour simplifier, les marqueurs passifs sont des marqueurs sans batterie, dormant l’essentiel du temps, ne réagissant qu’à grande proximité du lecteur. Le lecteur envoie une onde radio qui alimente en énergie le marqueur, l’allume, récupère l’information qu’il contient et l’éteint. Les marqueurs actifs, eux, contiennent également une batterie et sont donc toujours en éveil. On peut considérer qu’ils sont plus ou moins identiques à des capteurs et peuvent même fonctionner comme GPS, en communication avec un satellite. Donc, si c’est actif, cela a une portée illimitée, si c’est passif, cela dépend ensuite de la fréquence radio. En principe, avec un lecteur standard, vous ne pouvez pas lire les nouveaux passeports biométriques à plus de 10 centimètres, mais les personnes qui souhaitent les attaquer utiliseront probablement des antennes à plus longue portée et des équipements non autorisés qui excèdent les limites légales et sanitaires en termes de puissance radio émise.

Pouvez-vous nous décrire votre système de sécurité RFID Guardian ?
C’est comparable à un pare-feux RFID. Par exemple, si vous voulez lire un marqueur particulier, et que le RFID Guardian décide que ce n’est pas désirable, il peut empêcher l’information de revenir au lecteur. Il peut réaliser toutes sortes d’opérations de sécurité, d’authentification ou d’autorisation. L’enjeu est de vous permettre de prendre des décisions en fonction de l’activité RFID alentour. Par exemple, de savoir si quelqu’un essaye de lire les marqueurs qui vous appartiennent et donc d’être tout simplement conscient de ce qui se passe autour de vous et de décider du déroulement des choses.

Quel est, selon vous, l’avenir des RFID et de la technologie informatique de communication sans fil entre les objets ?
Concernant l’informatique, je suis sûre qu’il y aura une demande réelle et que cela va continuer à se développer. Que cela passe par les capteurs, les RFID ou autres, les ordinateurs vont de plus en plus faire partie de notre vie, et de manière plus subtile qu’auparavant. Bien sûr, toute nouvelle technologie apporte de nouvelles implications sociales, certaines sont désirables, d’autres pas. Dans les étapes de développement d’une nouvelle technologie, il est indispensable que des gens réfléchissent parallèlement à ces questions. Sur les RFID spécifiquement, c’est difficile à dire, parce qu’il existe encore des problèmes logistiques à résoudre. Par exemple, les ondes radio se propagent mal près de l’eau ou du métal. Et, si vous devez lire un grand nombre de marqueurs dans un espace réduit ou dans un temps très court, c’est généralement très erratique. La technologie a donc besoin d’être améliorée avant d’être appliquée à grande échelle mais il y aura des questions de sécurité et de vie privée à considérer. Le problème aujourd’hui, c’est que tout est fait dans le secret. La population n’est pas informée à cause, notamment, des risques potentiels en termes de santé ou de sécurité nationale. Ce qui est finalement catastrophique parce que je pense que l’identification radiofréquence est une technologie pleine de promesses, qui peut rendre plus facile la vie de beaucoup de gens, mais qui doit être utilisée et déployée avec responsabilité.


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