dimanche 1er mars 2009 10:38
Il n’est jamais trop star
Télé-crochet : « Nouvelle Star » vient d’entamer sa huitième saison sur M6. Mais que sont donc devenus les comètes oubliées et autres astres d’un soir qui ont traversé les éditions précédentes ?
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Tigane ©christophe geral M6
Souvenez-vous du titre de Rutebeuf, célèbre slammeur du Moyen Age. Ça faisait ça, ou à peu près : « Que sont mes nouvelles stars devenues ? / Que j’avais tant soutenues / Et tant regardées / Elles ont été trop clairsemées / Je crois le vent les a ôtées. » Alexis, sympathique géant de la première saison, en 2002, Simongad, éliminé en 2003 alors que Charles était sauvé par le public – coupable, selon la jurée Marianne James, d’avoir « de la merde dans les oreilles » –, Laura et son Fever, la même année, Roland, ah Roland s’époumonant sur du U2, et Gaël, le beau gosse un peu gauche de la saison 4… Rien à faire, chaque année, Nouvelle Star réussit à nous rendre accro à de parfaits inconnus qu’ils redeviendront une fois la session terminée. Depuis mardi, la Six a ressorti la gratte et les copains commencent tout juste à se grouper autour du feu de camp. Pour l’instant, difficile de savoir qui de Victor, Guillaume, Jean-Phi, Mélissa au pantalon léopard (1), entre-entendus dans la première émission, va nous scotcher à l’écran. Alors, en attendant, nous sommes partis à la recherche de l’ancienne star… D’emblée, on élimine la saison dernière, encore trop fraîche, et les gros calibres à la Christophe Willem, déjà au panthéon de la chanson française, rivalisant de talent et de génie musical avec des Christophe Maé et ou des Pascal Obispo. Quoique, si quelqu’un a des nouvelles de Myriam Abel, gagnante en 2004… Non, cherchons plutôt les sans-grade, les chante-petit, l’immense majorité en fait des quelque 80 candidats passés par les primes et qui ont trébuché à quelques marches du contrat avec la maison de disques Sony-MBG, blackboulés dans l’oubli à coups de SMS surtaxés. Les prénoms se flanquent désormais d’un nom : ne dites plus « la p’tite Laura, mais si, souviens-toi, celle qu’était mimi », mais « Laura Tabourin ». De même, Dominique, que Christophe Willem supplanta, s’appelle Dominique Michalon ; et Gabrielle, de la première édition, s’intitule maintenant Gabrielle Ducomble (heu, Gaby, on va pas se mentir : on ne souvient plus du tout de tes prestations). Chacun ou presque a sa page Myspace, plus ou moins en déshérence, agrémentée de quelques infos hors d’âge, d’appels à des producteurs, de vidéos de Nouvelle Star repiquées de YouTube et de chansons. Des reprises, parfois des compositions, souvent supersursignifiantes. Tel N’abandonne pas, de Jo ( saison 1) : « La vie, c’est comme ça / Il y a des hauts et des bas / J’ai eu des coups durs / Pansé des blessures. » Ou, de Charles ( saison 2) : « Le temps cicatrise tout / Il referme les blessures / Les entailles et les meurtrissures. » Très beau. Las, pas assez pour toucher le cœur rabougri des maisons de disques. La course contre l’oubli a démarré sitôt l’élimination et les premiers ennuis aussi quand des producteurs s’avancent, à l’affût de l’effet Nouvelle Star. Charles raconte avoir été « contacté par des producteurs plus ou moins sérieux, mais j’ai pu faire plusieurs concerts, avec, derrière, la paye en conséquence, ça fait plaisir mais il y en a eu, des désillusions ». Le Suisse Simongad parle ainsi de « propositions indécentes : des albums non payés, des featuring [duo, ndlr] imaginaires… » Gaël, lui, tord le nez : « On me proposait des chansons toutes faites dans un album déjà prêt. » Quant à Roland, il envoie tout balader, ce qui n’étonnera pas ceux qui se souviennent de ce bon vieux Roro au cœur pur : « Quand je suis sorti, j’ai refusé de faire les singles que m’a proposés Sony-BMG parce que ce n’était pas moi ; moi, mon style, c’est Police, U2, Linkin Park. Du coup, Sony-BMG a donné les singles à un autre et ça n’a pas marché. » Idem pour Tigane, arrivé deuxième en 2007, qui retoque l’album de reprises que Sony tente de lui refourguer : « C’était des choses qui ne me ressemblaient pas. » Laura rejette aussi les propositions : « Les textes me chagrinaient ». Qu’à cela ne tienne, M6 est une maison pleine de ressources et voilà Laura recyclée en animatrice de télé, « un atterrissage tranquille ». Pour d’autres, c’est plus compliqué. Alex, candidat de la saison 5, n’a « pas eu de proposition concrète ; juste après, il y a eu une phase de latence ». Une fois les quelques miettes médiatiques ramassées, boum, tout s’arrête. Alex tranche dans le vif et en finit avec la musique : « J’ai laissé passer l’été et en septembre, je me suis mis à bosser, il fallait que je gagne ma vie. » Le voilà livreur, déménageur, poissonnier, vendeur de sandwichs au Stade de France : « Les gens étaient étonnés de voir un mec qu’ils avaient vu à la télé leur demander s’ils voulaient du ketchup ou de la mayonnaise. Ça m’a permis de banaliser cet univers sacralisé de la télé. » Houspillé par Marianne James tout au long de Nouvelle Star, Charles voit désormais la musique comme un « hobby » : à 22 ans, il est en BTS de commerce et bosse en alternance dans « une société de fermetures, portes d’entrée, fenêtres ». L’immense Alexis est retourné immédiatement à la fac : « J’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai terminé ma maîtrise à Dauphine. » D’autres tentent de poursuivre l’étoile filante. « Je n’ai jamais arrêté de faire des dates, des festivals, des premières parties, des radios locales », raconte Roland. Pour Simongad, « après une série de projets avortés », c’est le retour en Suisse : « Là, je décide d’arrêter, même avec le petit plus de Nouvelle Star, ça ne marchait pas, j’étais déçu. » Florian, candidat de 2005, a « pu travailler grâce à cette médiatisation » : des piano-bars à Ajaccio avec son groupe, des dîners-spectacles à Bobino, des tournées d’été. Gaël, compagnon de galère et de promo, a accepté de chanter le générique d’un feuilleton quotidien de M6. Pas mal. Las, il est vite déprogrammé : « En fait, même si la chanson n’était pas ridicule, je suis assez content que cette série n’ait pas marché », se marre-t-il. Et à peu près tous préparent leur album. Et ça dure, et ça dure. De maquette refusée en maquette retravaillée, pendant que l’industrie du disque peu à peu s’effondre. Mais ils s’accrochent, nos apprentis stars. Alexis a réussi à décrocher une bourse pour la prestigieuse Berklee School of Music à Boston : au menu, depuis trois ans, cours de Motown, de studio, de gospel. Mais pas de Nouvelle Star : « Je n’ai rien dit, je voulais me fondre dans l’ensemble. » Pour Florian, c’est l’inverse : M6 en a fait un produit dérivé du télé-crochet puisqu’il est « responsable des candidats » de cette année. « Je trouve que c’est une belle histoire », mais gare : « Je ne lâche pas la musique. » Laura, moyennement chanteuse avant et après l’émission, habite désormais Londres où elle apprend le métier au côté d’un fiancé sud-africain avec lequel elle a monté un groupe. Des cours aussi pour Tigane, et ça paie, puisqu’il vient de signer chez Warner. Une exception. On pratique plutôt le label indépendant comme Roland : « Je préfère, je ne voulais pas être un numéro de sécu, je suis Roland, pas le numéro 133 sur les playlists. » Alex a bifurqué et le voilà aujourd’hui apprenti comédien au cours Florent et « chroniqueur dans une émission de Magloire sur Télé Sud ». Simongad a fini par remettre ça et sorti un album, en Suisse, dont la pochette s’orne d’un cordon ombilical géant : « C’est très symbolique de ce dont je voulais me détacher, le côté latin lover que j’avais dans l’émission. » De Nouvelle Star, il leur reste des bribes. « Dans la rue, des gens me fixent mais ne savent pas trop », raconte Gaël. En voyant Roland, ils s’interrogent : Popstars, Star Ac ? Parfois, dans sa maison près de Reims, des curieux s’avancent. Roland, bonhomme : « Je leur offre un café. » (1) Très chic, le pantalon, ainsi que Dédé lui fit remarquer. Dédé, Dédé, Dédé…« J’oublierai ton nom »
« Je m’voyais déjà… »
« Quand t’es dans le désert »
« Et maintenant… »
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