Il n’y a que le pixel qui maille
par Marie Lechner
tags : design , Ars Electronica
D.R.
Il fut un temps pas si lointain où tous les projets estampillés « nouveaux médias » ne se concevaient pas sans écrans, claviers, souris et autres capteurs. Cette année, l’Ars Electronica acueillait acar2, un réseau européen d’écoles de design et d’art, travaillant sur la même thématique « neoanalog », ou comment réintroduire du tangible dans ce déferlement technologique. Parmi les projets présentés (le catalogue est à télécharger ici), le neo-tricot avait la cote.
Le Newsknitter comme son nom le suggère convertit les flux d’actualité quotidienne en motif de tricot. Ses créateurs, Ebru Kurbak et Mahir Yavuz, tous deux étudiants à l’Université d’art de Linz exposaient 10 pulls uniques dont les motifs transcrivent les infos en ligne. « Ces dernières années, les innovations techniques en matière de machine à tricoter ont permis de faciliter la création de motifs. Newsknitter utilise les flux de données comme base pour générer des motifs, des news en ligne sont analysées, filtrés et converties en motifs » expliquent les auteurs. Un logiciel génère différentes visualisations de ces données : soit litérales, avec ces phrases tricotées dans les pulls, reprenant le titre des dépêches du fil « international » de Google news, soit plus abstraites. Les flux d’actualité peuvent par exemple prendre la forme d’une cible ; chaque nouvelle est représentée par une petite croix, plus ou moins éloignée du centre, en fonction de la popularité de l’information. La croix devient rouge lorsque la nouvelle a été publiée dans plus de 700 autres sources. Certains pulls permettent de visualiser rapidement la part des articles dans la presse en ligne turque consacrés aux questions militaires (barres rouges) et celles vouées à l’éducation (barres bleus) pendant une période donnée.
Plus personnalisée, la Voice Knitting machine, joliment surnommée Gelsomina, de Magdalena Kohler et Hanna-Lisette Wiesener, étudiantes à l’UDK, école des arts de Berlin, permet d’imprimer son empreinte vocale dans un pull.
Il suffit de parler dans le micro relié à une machine à tricoter des seventies bidouillée, un ordinateur analyse la fréquence de la voix et la transforme en code binaire avant de la décliner en motif sur le tricot.
Enfin, un bon moyen pour ne pas oublier le numéro de sa carte bleue, la Struckmachine de Fabienne Blanc et Patrick Rüegg permet de coder ses données personnelles dans un cache-nez. On passe sa carte bleue dans un lecteur, les données (nom, prénom, numéro) sont transformés en code binaire puis converties en motif graphique de tricot —ici des petits fantômes tout droit sorti de Pacman, noir et vert en hommage aux premiers ordinateurs. Difficile après de prétendre qu’on n’a pas de maille...
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