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samedi 29 novembre 2008 09:13

  • télévision

Ils m’éneeervent !

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

DR

Que celui qui n’a jamais hurlé « Non mais tu l’as vu cette buse  ? Non mais tu l’entends  ? Tiens, j’y frirais bien sa sale tronche » à l’attention du petit monsieur qui s’agite dans le poste de télévision nous jette la première pierre. Oui, les animateurs sont énervants. Ils vous rendent méchants, acariâtres, réacs, alors qu’ils ne sont là, ces pauvres petits chats, que pour nous divertir après une longue, si longue journée de travail. Heureusement, dans son grand œuvre de catharsis cathodique destinée à empêcher qu’un jour, un chouille agacé, le téléspectateur pende, disons, Cauet avec les tripes de, au hasard, Jean-Pierre Pernaut, TF1 veille  : ce samedi à 20 h 50, la Une inaugure Qui peut battre Benjamin Castaldi  ? ­Concept simple  : cinq candidats, aussi lambda que vous et nous, vont s’essayer, au travers d’épreuves physiques et intellectuelles, à faire mordre la poussière à l’animateur. Et, outre le délicieux plaisir de rabattre son caquet au fleuron de l’élite télévisuelle, le gladiateur moderne peut espérer remporter 100 000 euros. Démago  ? Noooon, pensez-vous… Oui, mais pourquoi seulement Castaldi  ? Et Nikos Aliagas  ? Ce gag vivant ne mérite-t-il pas tout autant qu’on le fasse descendre du piédestal de milliasses d’euros indûment gagnés d’où il nous nargue chaque soir, hein  ? Et Julien Courbet  ? Et Yves Calvi  ? Et Estelle Denis  ? Passe le Benj, y a du monde sur la corde à linge  : gniark-gniark.

Benjamin Castaldi  : que du bonheur

C’est d’Allemagne, où il a beaucoup de succès notamment auprès des jeunes téléspectateurs, que nous vient le délicieux concept. L’animateur Stefan Raab, tête à claques et teigne patentée, est là-bas celui à qui le peuple s’essaye à coller sa pâtée dans Schlag den Raab. Tête à claques… Teigne… Bon sang, mais c’est bien sûr  : et voilà Benjamin Castaldi promu victime expiatoire de toute la télé. Un bon client, il faut le dire  : incapable d’aligner deux phrases sans un lapsus (dans Secret Story, un candidat a, selon l’impayable Benji, « décidé de changer de steak » au lieu de « changer de sexe ») ou ce slogan dont on mesure encore difficilement le mal qu’il a causé à la société française, « C’est que du bonheur », inventé pour Loft Story. Il était temps de payer  : ce sera fait ce samedi. Las, TF1 n’annonce que des « quiz musicaux, exercices mnémotechniques ou défis sportifs comme, par exemple, une séance de penaltys ou une course de vitesse. » Naze. A défaut du pal dont la France, en proie au politiquement correct, a cru bon de se débarrasser, on imposera à Castaldi d’écouter deux heures de suite On va s’aimer de Gilbert Montagné, chanson de sa rencontre avec son ex, Flavie Flament. Tu verras, Benji, c’est que du bonheur.

Yves Calvi boutonné

D’abord il y a les chemises. Toujours les mêmes et systématiquement boutonnées aux poignets. C’est énervant, non  ? En plus, que ce soit dans C dans l’air (France 5) ou, sur France 2 dans Mots croisés justement, Yves Calvi a tout le temps les bras croisés. Vous avouerez, quand même… Et son « j’ai envie de vous dire », son « je suis en train de me dire » ou encore son « si j’ai bien compris »  :­ ­toutes ces circonvolutions, ces pincettes qu’il prend pour sortir une banalité avec un air finaud et rugueux, sourcils froncés. Un défi de taille pour Calvi  : présenter le Keno, sur France 3. On verra s’il va longtemps faire « J’ai envie de vous dire les numéros gagnants sont, si j’ai bien compris, 3, 27, 14… » Non mais.

Estelle Denis dans les oreilles

19 heures  : c’est la fin de la journée, un peu de calme, loin du crépitement trépidant des machines à écrire et des collègues en pleine crise d’hystérie. Tout repose enfin. Et on décide d’allumer la télé en sourdine. Sur M6. Et là  : « BONSOIR A TOUS, LOUER UNE PIECE DANS SA MAISON, UNE COLO TRES ROCK’N’ROLL, LE RETOUR DES CHEMINEES ET UNE ENQUETE PASSIONNANTE SUR CES STARS QUI SE DETESTENT, C’EST MAINTENANT DANS 100 % MAG. » Voilà, vous n’avez plus d’oreilles. Telle une harengère, Estelle Denis refourgue sa camelotte, toujours au même niveau sonore, haut, très haut. C’est insupportable, alors il faut en finir. Son défi  ? Epouser Raymond Domenech. Ça va la calmer.

Julien Courbet en V

Après nous avoir gonflés des années durant avec ses airs graves et vengeurs dans Sans aucun doute, sur TF1, Julien Courbet nous gave depuis sa rentrée sur France 2 en mode lou ravi. Pas une phrase, pas un lancement qui ne se termine dans un sourire béat, une extase façon Sainte-Bernadette du pouvoir d’achat. En fait, depuis qu’il est sur la Deux, Courbet ressemble aux pulls en V rose ou lilas qu’il arbore. Et visiblement, ça déclenche des réactions urticantes chez le téléspectateur qui va jusqu’à lui préférer Michel Denisot, c’est dire. Pour sa peine, Julien Courbet devra trouver le moyen de faire des économies à France Télévisions pour compenser la suppression de la pub et en rendre compte à Nicolas Sarkozy qui l’exècre.

Laurent Ruquier qui pouffe

Vraiment, vous vous énervez pour un rien. Alors, ça vous horripile quand, dans On n’est pas couché le samedi soir sur France 2, Ruquier tressaute en ricanant à ses propres blagues  ? Quand il cligne frénétiquement de l’œil en suçotant son stylo  ? Oui bon, c’est vrai qu’à la longue, ça vrille les nerfs. Epreuve de premier choix pour Ruquier  : trouver le plus grand nombre de jeux de mots sur son prénom. Sachant qu’il n’a pas le droit de faire « Laurent Outang ».

Thierry Ardisson, c’est non

S’énerver de Thierry Ardisson, son rire, ses « Ouais », c’est d’un galvaudé… En plus, il n’a plus d’émission, Ardisson, allons, soyons charitables.

Bruce Toussaint en soie

Comment ça, il n’est pas énervant, Bruce Toussaint  ? Il est le pire de tous  : c’est l’énervant masqué qui s’avance feutré chaque midi sur Canal + dans l’Edition spéciale. Cet air affable, cette onctuosité cool, cette cautèle chic, c’est bien simple  : on dirait Georges Descrières, foulard de soie et veste d’intérieur compris… Il y a vraiment de quoi vous mettre les nerfs en pelote, convenez-en à la fin. Alors on le met au défi d’être méchant enfin. Dire à l’antenne une vraie saleté, un truc gratuit, gras, vulgaire.

Nikos Aliagas en nana

« Anissa va-t-elle aller jusqu’au bout  ? », « Gautier, quoi qu’il advienne, il faut aller jusqu’au bout  ! » Hou qu’il est énervant, le présentateur de Starac (TF1), avec ses manières de Jacques Martin d’un cabaret de la banlieue de Las Vegas, son « Jusqu’au bout » seriné sans cesse, son définitif « C’est ça, être un artiste » pour ponctuer une reprise chevrotante d’Hélène Segara. Et son « Mmm  ? » interrogatif comme dans « Anissa va-t-elle aller jusqu’au bout  ? Mmm  ? » Rhhâââ. Et son anglais  ? Houlala, son anglais… Et quand il parle anglais avec un accent grec ? Houuu, c’est pire que de mâcher de l’aluminium. Pour Nikos Aliagas, la palette des défis est immense, alors on fera simple  : interpréter Quand tu chantes, déguisé en Nana Mouskouri, à la sortie du Gai Tzatzíki, un bar de genre à Athènes. Quoi qu’il advienne et jusqu’au bout.


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