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mardi 4 janvier 2011 11:02

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Ils vont faire 2011

Célèbres ou inconnus, leurs visages reviendront dans l’actualité culture des mois qui viennent.

par Bruno Icher, Frédérique Roussel, Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : bande dessinée , presse , médias , Arte , États-Unis , France 24

Peter Jackson et Steven Spielberg - DR

Spielberg, Tintin et millions

Le père d’« E.T. » va donner vie en 3D aux aventures du reporter d’Hergé.

Peu de héros de la culture populaire ont échappé à une exploitation au cinéma. Par un singulier concours de circonstances, Tintin en fait partie mais l’oubli est sur le point d’être réparé et l’événement risque de ne pas passer inaperçu. Les cinéastes Steven Spielberg et Peter Jackson, dont l’imaginaire, pour l’un comme pour l’autre, a été forgé par le reporter à houppette, ont projeté de transposer les aventures écrites par Hergé en une série de films dont le total pourrait atteindre la vingtaine. Pour commencer, ce sera le Secret de la Licorne, qui regroupe des portions de trois albums (le Crabe aux pinces d’or, le Secret de la Licorne et le Trésor de Rackham le Rouge). La sortie a été programmée depuis des lustres au 26 octobre 2011.

Jamie Bell, le gamin danseur de Billy Elliot, sera Tintin, Andy Serkis, l’acteur qui prêtait son corps à Gollum dans la Trilogie du Seigneur des Anneaux et à King Kong, sera Haddock, Nick Frost et Simon Pegg seront les Dupondt, ou plutôt les inspecteurs Thompson et Thomson, version anglo-saxonne oblige, tandis que Daniel Craig sera Rackham le Rouge. Il faudra s’en souvenir car le procédé de prise de vue, la 3D Performance Picture, ne devrait pas permettre de reconnaître les comédiens. En revanche, jurent les réalisateurs, l’effet rendu à l’écran sera un mélange d’animation reproduisant chaque détail de la gestuelle humaine en intégrant la batterie de trucages numériques et de relief auxquels il faudra bien s’habituer.

Premier indice sur l’allure générale du film, quelques photos publiées le mois dernier dans le magazine britannique Empire. Pas très convaincant a priori, mais nombreux étaient ceux qui exprimaient, en 2009, la même défiance en découvrant les premières images d’Avatar.

À lire sur le sujet :
- Tintin en Amérique (le retour) (31/3/2008)
- Tintin : une trilogie par Spielberg et Jackson (15/5/2007)

 

Étiquetée chiraquienne, l’ancienne membre du CSA succède à Jérôme Clément à la tête d’une chaîne franco-allemande assoupie et boudée par le public. Photo Plyd, CC BY SA

À Arte, Véronique Cayla donne le la

Ça va faire drôle dans le milieu très poil aux pattes du PAF : désormais, l’un de ses membres les plus éminents est une femme, Véronique Cayla. À 60 ans, l’ancienne directrice du Centre national de la cinématographie (CNC) devient aujourd’hui la patronne d’Arte. Enfin, pas tout à fait puisque les arcanes de la chaîne culturelle franco-allemande sont complexes : Cayla s’installe ce lundi dans le fauteuil de Gottfried Langenstein, qui dirigeait Arte GEIE, la structure de tête ; et en mars, elle se posera dans celui de Jérôme Clément au sommet d’Arte France.

Ce sera là le premier boulot de Véronique Cayla, et pas des moindres : faire oublier Jérôme Clément, grand mamamouchi d’Arte avant même sa création, quand le joli projet d’une chaîne franco-allemande, né d’un traité signé par François Mitterrand et Helmut Kohl en 1990, s’appelait la Sept. Si Clément affiche sans peine sa couleur socialiste (et il ne se privait pas, à chaque conférence de presse d’Arte, d’égratigner le gouvernement à sa manière chattemite), Cayla est étiquetée chiraquienne. Elle est passée par la Vidéothèque de Paris, MK2, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le Festival de Cannes…

Souvent donnée en outsider pour présider France Télévisions, Véronique Cayla va, pour la première fois, diriger une chaîne de télé. Et elle le doit à l’actuel patron de la télé publique, Rémy Pflimlin. C’est lui, germanophone accompli, qui aurait dû succéder à Jérôme Clément, mais la mise à l’écart d’Alexandre Bompard l’a propulsé à France Télévisions, laissant du coup une place vide à Arte. Vide au point qu’à la faveur d’un changement de statut, Jérôme Clément aurait même pu se succéder à lui-même… Un temps donné gagnant, David Kessler, l’ancien directeur de France Culture et adjoint du maire de Paris, a été écarté : ça suffit l’ouverture. Et puis Véronique Cayla, qui a toujours œuvré dans l’audiovisuel et la culture, n’effraie pas. Mais elle a du boulot : l’audience d’Arte roupille avec 2,2 % de part de marché, derrière TMC et W9, alors que la chaîne est aussi bien diffusée que TF1. Surtout, l’antenne d’Arte, aux mains d’un cénacle de producteurs qui manque d’oxygène, s’est assoupie, laissant l’innovation aux nombreuses déclinaisons internet de la chaîne.

À lire sur le sujet :
- Arte : après Jérôme Clément, c’est Véronique Cayla (28/10/2010)

 

Christine Ockrent . La numéro 2 de l’Audiovisuel extérieur se débat dans un mauvais polar. Photo Olivier Ezratty, CC BY SA

Le trône éjectable de la reine du PAF

On l’a laissée en 2010, la couronne de traviole, la reine Christine, numéro 2 de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF) qui chapeaute France 24, RFI et une partie de TV5. Boycottée par la direction de France 24 et par les salariés qui ont voté une motion de défiance contre elle, Christine Ockrent est accusée d’avoir fait espionner les ordinateurs de l’AEF. Extravagant polar, résultat d’une guerre des chefs avec Alain de Pouzilhac, numéro 1 de l’AEF, qui a éclaté à l’été 2010 quand, découvrant, selon le clan Pouzilhac, des dérapages financiers, les têtes ockrentiennes sont coupées une à une. Drôle d’histoire que celle de France 24 : née en 2004 de la volonté de Chirac, il y place un proche, le publicitaire Pouzilhac. Il sera flanqué d’Ockrent en 2008, compagne du ministre des Affaires étrangères et tutelle de France 24, Bernard Kouchner. Vous avez dit conflit d’intérêt ? Le gouvernement attend les résultats de l’enquête de police (pour l’instant les accusations se basent sur une enquête privée commandée par Pouzilhac) pour décider de couper une tête ou deux d’un coup.

À lire sur le sujet :
- À France 24, la défiance règne (17/12/2010)
- Ockrent boycottée à France 24 (15/12/2010)
- Crise et châtiments à France 24 (15/10/2010)

 

Tina Brown : le magazine américain « Newsweek » et le site The Daily Beast sont unis sous sa houlette. Photo REUTERS/Keith Bedford/Files

Le mariage du canard et de la souris

La blonde Tina Brown, 57 ans, a la réputation de faire des miracles. Voilà une star du journalisme anglo-saxon à la tête du mariage improbable entre un vieux titre de la presse papier et le dernier cri du journalisme en ligne. Le vénérable hebdo Newsweek, 77 ans, 2,3 millions d’exemplaires, a épousé en novembre le site The Daily Beast, deux ans d’âge et 5 millions de visiteurs uniques. Les challenges, elle connaît : relookage réussi du magazine anglais Tatler, relance du mensuel Vanity Fair puis du New Yorker, tout ça entre 1979 et 1998. Petit bémol, son propre bébé, le magazine Talk n’aura vécu que trois ans. Tina Brown préside aux destinées éditoriales du couple au sein d’une nouvelle société, qu’elle décrit comme « un mariage entre la profondeur journalistique de Newsweek et la vitalité versatile que The Daily Beast a installée sur le Web ». La carpe et le lapin ont des qualités complémentaires selon elle. Les deux noms ont en tout cas en commun d’être déficitaires dans un secteur oublié par les miracles. Tina Brown va avoir fort à faire pour tenir sa réputation.

À lire sur le sujet :
- « Newsweek », le Net à la noce (18/11/2010)

Paru dans le cahier spécial « Ils vont faire 2011 », Libération du 3 janvier 2011


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