lundi 6 novembre 2006 20:25
Infernal Affairs, suite et fin
Les deux films qui ont suivi l’immense succès d’Infernal Affairs d’Andrew Lau et Alan Mak, sortent directement en DVD.
par Samuel Douhaire
tag : thriller
Infernal Affairs II et III d’Andrew Lau et Alan Mak (2003). 2h09 et 1h57. Studio Canal. Deux DVD, 20 euros chaque.
Il avait fallu deux ans d’atermoiements pour que le polar hong-kongais Infernal Affairs soit distribué dans les cinémas français en septembre 2004. L’attente aura été encore plus longue pour ses deux « suites » qui sortent directement en DVD français cet automne sans être passé par la case « salles ». Le premier Infernal Affairs avait séduit par son casting de beaux gosses sapés comme des princes, sa mise en scène hyperstylisée empruntant aussi bien aux fusillades de John Woo qu’à l’esthétique métallique de Michael Mann et son scénario complexe jouant avec habileté voire perversité sur les thèmes du double et de la réversibilité du bien et du mal. Un scénario si complexe d’ailleurs qu’il a embrouillé jusqu’à l’éditeur vidéo qui, sur la jaquette d’Infernal Affairs III, a confondu le personnage d’Andy Lau (un mafieux infiltré chez les flics) avec celui de Tony Leung (un flic infiltré dans la mafia) ! Infernal Affairs a tellement cartonné en Asie qu’une, voire plusieurs suites étaient inévitables… au grand dam de ses réalisateurs, comme ils l’expliquent dans une courte interview en bonus d’Infernal Affairs II. Il faut dire qu’Andrew Lau et Alan Mak ne s’étaient pas simplifiés la tâche en faisant mourir Tony Leung à la fin du premier opus. Ils ont donc conçu Infernal Affairs II non comme un sequel (une suite) mais comme un prequel, dont l’action se déroule avant les événements du film originel, à la manière de Francis Ford Coppola racontant le passé de Don Vito Corleone dans Le Parrain II. La référence au chef d’œuvre de Coppola n’est pas fortuite, tant Infernal Affairs II, thriller dans le monde des triades, a des allures de cousin hongkongais du grand film de mafia américain. Lau et Mak ont emprunté à Coppola son style opératique, ses effets de montage parallèle dans les séquences de règlements de compte, sa vision pessimiste de « la mort intérieure et spirituelle » des héros. On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’Infernal Affairs II soit in fine le film préféré de ses deux réalisateurs. Ce deuxième épisode est aussi, comme dans la trilogie du Parrain, le plus réussi du lot. Lau et Mak ont renonçé aux effets clippesques d’Infernal Affairs pour une mise en scène habile où les couleurs et les éclairages évoluent selon les époques. Ils ont également eu l’intelligence de développer les seconds rôles du film originel (le commissaire, le chef mafieux…) portés par des interprètes d’exception (Anthony Wong, Eric Tsang, sans oublier le charismatique Francis Ng). Après une aussi belle surprise, le troisième volet de la trilogie ne pouvait que décevoir. Anthony Wong, qui donne son avis avec une rare franchise en bonus, ne voit d’ailleurs pas l’intérêt de ce film mi-sequel mi-prequel, « ni ce qu’il veut dire ». Le scénario, d’une complexité un peu vaine, perd souvent le spectateur dans les nombreux allers-retours temporels entre les trois épisodes (le passé lointain, le passé plus proche, le présent), mais aussi dans l’alternance entre des scènes réalistes et d’autres fantasmatiques voire schizophréniques (les rêves ou les visions d’Andy Lau). C’est d’autant plus paradoxal que, dès qu’il s’agit d’évoquer la dimension psychanalytique de la rivalité entre Andy Lau et Tony Leung (doublée, comme si ce n’était pas assez compliqué, par l’arrivée d’un troisième flic ambigu, Yeung, joué par Leon Lai), le très elliptique Infernal Affairs III en fait alors des tonnes dans l’analyse démonstrative. Dommage, car le film mérite le détour pour la performance d’Andy Lau comme pour son pessimisme foncier (phrase clé de la trilogie : « L’enfer contient trois éléments : temps, espaces, souffrances, tous infinis »), étonnant pour un blockbuster. Fût-il made in Hong-Kong.
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