lundi 22 février 2010 08:49
Inspiration dantesque
par Olivier Séguret
tag : Moi jeux
DR
Derrière l’opération Dante’s Inferno, le titre épique d’aventure action dont Electronic Arts espère faire un blockbuster cet hiver (et une licence pérenne les prochaines saisons), il y a une sorte de fameux tour de passe-passe sémantique et symbolique. Oui, comme son nom l’indique il s’agit bien de l’adaptation en jeu vidéo de l’Enfer, célébrissime section de la non moins immortelle Divine comédie qu’écrivit Dante Alighieri au XIVe siècle et qui est depuis resté le plus époustouflant sommet de la poésie italienne classique. A leur façon, les types du studio Visceral Games, qui ont développé le jeu pour le compte de EA, ont fait preuve d’une fidélité certaine à l’œuvre originale : la vision hallucinée que Dante donnait des Enfers trouve ici une traduction spectaculaire et complète en termes de structure (la traversée des neuf cercles) comme de personnages (la taxinomie des pécheurs, depuis les gourmands jusqu’aux traîtres, menteurs et corrompus). Mais malgré cette adhérence à un monument littéraire, Dante’s Inferno risque de réveiller chez les gamers un tout autre écho : ce jeu est en fait une copie décomplexée de God Of War, licence phare et exclusive de Sony dont l’opus 3 est attendu le mois prochain. La première légitimité de cette copie pas tout à fait conforme se trouve là : offrir aux joueurs de tous bords un titre multiplateformes, qui permettra aux possesseurs de Xbox de goûter aux charmes d’un presque-God of War. Le programme, de ce point de vue, est à peu près accompli : le héros, ici appelé Dante mais qui n’a rien d’un poète, offre le même profil teigneux que le guerrier antique Kratos, le masochisme sulpicien en plus (saisissante scène où il brode une tapisserie… sur sa chair !). En revanche, Dante’s Inferno, contrairement à son modèle,n’invente rien de neuf, n’apporte rien d’exclusif et ne renouvelle pas non plus les canons du genre. L’ensemble du système de jeu est une démarque à peine maquillée de celui inventé pour GoW. Dante’s Inferno copie assidûment, souvent astucieusement, mais il ne crée pas. Curieusement, le seul terrain où on peut lui faire néanmoins crédit d’une certaine imagination, c’est celui du sexe : torrent ininterrompu d’imagerie phallique et bouffées de chaleurs hormonales. Ah tiens, justement, voilà Béatrice ! Elle est trop bonne, elle sert pour les sauvegardes et en plus elle est à oilpé ! Electronic Arts, pour Xbox et PS3, 60 €. Paru dans Libération du 20/02/2010
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