mercredi 4 février 2009 13:54
Internet et Obama : « Les gens exigent d’être impliqués »
Andrew Rasiej, du site Techpresident.com, analyse l’usage novateur d’Internet par Obama .
tag : politique
Capture de Mybarackobama.com - DR
Washington,
de notre correspondant Andrew Rasiej est le fondateur du Forum pour la démocratie individuelle, un site Internet observant les interactions entre politique et technologie. Il a aussi créé Techpresident.com, qui passe en revue l’usage d’Internet dans les campagnes présidentielles et par la Maison Blanche. L’administration Obama a-t-elle lancé une nouvelle ère de démocratie participative grâce à l’Internet ?
Obama a emporté l’élection en mobilisant 13 millions de militants grâce au Net. Devenu président, comment va-t-il utiliser l’Internet ?
En tiendra-t-il compte ?
Ce type de participation directe peut-il rendre les élus moins influents ?
A quel rythme l’administration Obama va-t-elle mettre en place cette démocratie participative ?
Cette évolution n’est-elle pas surtout rendue possible par la personnalité de Barack Obama ?
Paru dans Libération du 4 février 2009
Avant Obama, l’Internet était déjà un moyen pour les citoyens de s’engager et de participer ! Mais l’équipe d’Obama est la première dans l’histoire qui a été capable d’appréhender ce phénomène et d’en tirer avantage. L’Internet est en train de changer nos sociétés en créant des outils et des plateformes pour connecter les gens entre eux. ça a eu pour effet de donner aux citoyens le pouvoir d’obtenir de leurs élus qu’ils rendent des comptes et réagissent à leurs opinions. C’est comme une vague géante sur laquelle l’équipe d’Obama a appris à surfer.
Il est effectivement relativement facile d’organiser des électeurs pour se faire élire, mais c’est plus difficile de faire participer 13 millions de militants à l’élaboration de politiques et de textes législatifs. Obama est parvenu à mettre sur pied le plus grand réseau de citoyens dans l’histoire d’un pays démocratique. Il peut désormais demander à ces citoyens de dialoguer avec leurs dirigeants locaux, membres du Congrès et sénateurs, afin de l’aider à faire voter son programme. Il peut aussi leur demander de lui donner directement des idées et de réagir à ses actions. C’est la nature de l’Internet d’être un média à deux sens, et Obama a bel et bien l’intention de l’utiliser comme tel. C’est toute la différence entre lui et les politiciens qui l’ont précédé. Sur son site change.gov, Obama invite les visiteurs à poster des commentaires qui pourront être inclus dans son briefing quotidien s’il y a suffisamment d’internautes qui votent pour ce commentaire. Il s’est engagé aussi à permettre aux internautes de commenter tout texte de loi qu’il aura à signer, cinq jours avant de le promulguer.
Un exemple : en mai, Obama a voté une loi sur les écoutes téléphoniques (Fisa), alors qu’il avait prévu de la rejeter. Un groupe de 20 000 militants libéraux inscrits sur le site mybarackobama.com s’est révolté, menaçant collectivement Obama de cesser de soutenir financièrement sa campagne et de se mobiliser pour lui s’il ne s’expliquait pas sur son vote [qui accordait l’immunité aux compagnies de téléphone ayant réalisé des écoutes pour le gouvernement, ndlr]. Obama a dû s’expliquer et son personnel de campagne a tchaté plusieurs heures durant avec les militants pour répondre à leur questions. Pour finir, la protestation a fini par s’estomper. Mais l’épisode a démontré aux militants l’influence qu’ils peuvent avoir via le Net, tout en démontrant à Obama qu’une interaction directe pouvait rasséréner ses critiques.
Si la structure politique n’adopte pas ces outils d’une manière ouverte et transparente, ils risquent de devenir moins influents dans le monde de la communication du XXIe siècle. Si en revanche les élus les adoptent, ils vont découvrir qu’en devenant plus transparents, en autorisant les citoyens à offrir des solutions, à apporter des recommandations et des commentaires à des textes législatifs, les lois qui en résulteront seront mieux accueillies. Si Obama permet aux Américains de participer à l’élaboration législative d’un système d’assurance-santé pour tous, celui-ci a toutes les chances d’être plébiscité.
Lentement pour commencer, car il va lui falloir tout d’abord, comme on le dit d’un ordinateur, « réinitialiser » le système bureaucratique américain. Il va devoir ensuite comprendre comment fonctionnent les rouages du gouvernement, avant de pouvoir enfin se lancer dans ce type d’innovation. L’élection de Barack Obama a prouvé qu’il était possible de mobiliser des millions de personnes pour, de facto, qu’elles mènent par elles-mêmes campagne pour le compte du candidat, sans même avoir de lien direct avec les organisateurs officiels. Or, ces millions de gens vont désormais exiger du Président qu’il les implique dans son gouvernement. Si Barack Obama ne va pas jusqu’au bout, le public l’y contraindra.
Il est sûr qu’un politicien lambda, armé des mêmes outils Internet, ne pourra pas reproduire la même mobilisation. Barack Obama était le candidat idéal au moment idéal. Surtout, il est le premier candidat politique américain à reconnaître que le mot « nous » est plus important que le mot « moi ». C’est un fin connaisseur de la culture du Web, et son message était en parfaite harmonie avec l’Internet.
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