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jeudi 20 septembre 2007 11:20

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Irak, la guerre des tranchés

par Bruno Icher

tags : portraits , documentaire , politique

John Jones et Dawn Halfaker - DR

Depuis une dizaine de jours, un documentaire est disponible en accès libre sur le site de la chaîne américaine HBO. Il s’agit d’une somme d’entretiens réalisés avec dix soldats américains, tous lourdement blessés en Irak. Depuis quelques mois, ils sont de retour au pays affligés, pour la plupart, d’un handicap majeur. Dans le titre du film, l’expression « alive day » fait référence à la date où ces soldats ont échappé à la mort et qui restera pour toujours, comme leur date de naissance, gravée dans leur mémoire.

Pourtant, ce n’est pas à une renaissance que le spectateur est convié. Exercice délicat car voyeuriste par essence, le film a le mérite de ne jamais verser dans le tire-larmes tout en restant, de bout en bout, douloureux à regarder et à entendre. Les témoignages s’enchaînent. Dawn, la jolie rousse qui a vu son bras gauche emporté par une roquette. Jake, le costaud ex-espoir du football américain, amputé d’une jambe, un bras en miettes, continue à vouloir défendre le drapeau et le rêve américain. Michael, la moitié du crâne en titane, aveugle, raconte que son mariage n’a pas résisté à l’épreuve et que, du coup, il s’est fait fabriquer un œil de verre serti des diamants offerts jadis à son épouse. Jay ne se souvient plus du prénom de ses enfants et doit téléphoner à son frère pour qu’il les lui rappelle. ­John, amputé des deux jambes, ne parle que de « l’accident ». Eddie, deux balles dans la tête, fait des grimaces à l’équipe de tournage, comme un enfant de 2 ans, pendant que sa mère raconte son histoire…

James Gandolfini est à la fois le producteur de ce programme et le maître des cérémonies. Dans une présentation au dépouillement monacal (plateau dans l’obscurité, quelques projecteurs, une caméra, pas de contrechamp), l’ancien Tony Soprano, le héros de la série de David Chase, n’apparaît que furtivement au moment d’accueillir les soldats et n’intervient qu’avec une extrême parcimonie. Sa seule fonction dans le déroulement du film est d’écouter. Pas si fréquent.

La mise en place de ces témoignages est toujours la même. Une brève présentation avec l’installation d’un soldat dans le fauteuil d’interview, un écran noir avec le nom, le grade, la date de naissance et la date de son « alive day ». Puis les images de l’acte de guerre dans lequel le soldat a été blessé. Parfois, ces images sont extraites d’un reportage de journalistes « embedded » (embarqués). Dans d’autres cas, elles viennent des vidéos tournées par les rebelles qui les diffusent ensuite sur le Net. Vient enfin le témoignage, livré brut de décoffrage, qui raconte à « ceux qui n’y étaient pas » les jours de guerre en Irak, le retour forcément douloureux et la vie qui continue implacablement.

Au fil de ces dix histoires identiques dans leur déroulement mais, évidemment, toujours singulières, les messages s’entremêlent, parfois contradictoires. Réquisitoire en creux contre la guerre et l’administration Bush, patriotisme comme valeur intrinsèque au mode de vie américain, réminiscence du traumatisme post-Vietnam, hommage aux héros de la nation… Que l’on soit américain ou juste occidental, difficile de ne pas se sentir concerné, même de loin, par ce film, symptôme accablant d’une société malade et dépressive.

Alive Days Memories : Home from Iraq .


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