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mardi 14 juin 2011 20:32

  • télévision

Iran, les cris de l’intérieur

par Margaux Wartelle

tags : documentaire , Arte

Photo Arte

Chronique d’un Iran interdit
documentaire de Manon Loizeau
Arte, ce soir, 20 h 40.

 

« J’ai 23 ans, je suis une fille et je vis dans une société fermée qui s’appelle l’Iran. » Prononcée face caméra, visage dans l’ombre, cette phrase de Bahar, une jeune rappeuse récemment exclue de l’université en raison de son activité politique, ouvre Chronique d’un Iran interdit, un documentaire signé Manon Loizeau. Depuis la « révolution verte » de juin 2009 et la répression sanglante qui a suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, quelle est la réalité des conditions de (sur)vie des Iraniens ?

Pour y répondre, la journaliste (la Malédiction de naître fille, l’Immigration aux frontières du droit) utilise ses propres images, tournées en 2009 pour un sujet d’Envoyé spécial (France 2), des interviews de réfugiés ainsi que des vidéos disponibles sur le Net. Des témoignages recueillis clandestinement apportent en outre au documentaire un éclairage unique sur le courage des multiples opposants au régime. Dans un pays en autarcie presque complète, ces histoires sont rares et précieuses. Histoires de cette jeunesse contestataire qui, depuis la première élection d’Ahmadinejad en 2005, vit dans la peur constante de la répression, où disparitions mystérieuses et arrestations arbitraires constituent un quotidien « noir », selon le mot de Bahar.

Le documentaire de Manon Loizeau dévoile les petits et grands exploits de chacun pour résister au gouvernement, dans un contexte où ce qu’on appelle « le printemps arabe » redonne espoir à un pays qui avait jeté les premières graines du mouvement.

Parmi tant d’autres actes de révolte, il y a ces étudiants qui perturbent les discours des responsables du régime dans les universités du pays. Ou encore ces mères qui, ayant perdu leurs fils, se retrouvent dans des cimetières, devenus, explique Manon Loizeau, des « nouveaux lieux de contestation du pouvoir ». « Personne ne m’empêchera de parler », proclame ainsi Parvin Fahimi, porte-parole des mères en lutte. Ni d’espérer.

Et ce malgré une réalité terrifiante. Les « quatre grains de poussière », comme Ahmadinejad a qualifié les manifestants, s’unissent et désirent ensemble, en dépit des bassidjis infiltrés partout, ces milices au service du régime ; en dépit de la torture, des prisons secrètes, des traques quotidiennes. On redécouvre des trajectoires connues, comme celle de Majid Tavakoli. Cet étudiant brillant est l’auteur d’un discours d’appel au soulèvement à l’Ecole polytechnique de Téhéran, le 7 décembre 2009, lors de la Journée de l’étudiant ; il a été arrêté et condamné à plus de huit ans de prison. Après avoir été accusé de s’être déguisé en femme (ou forcé de l’être), il deviendra le symbole de la contestation. Les images, largement diffusées par les médias iraniens, entraîneront un vaste mouvement de soutien à l’étudiant, engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre le régime. Et nombreux seront ceux à s’habiller en femme et à diffuser leur photo sur Internet.

Le rap mélancolique et militant de Bahar, dont on ne verra jamais le visage, émaille le documentaire de ses rimes et d’appels à la résistance. Cet hommage de Manon Loizeau à la jeunesse iranienne - qui représente près de 70% de la population - est filmé au plus près, malgré l’impossibilité de se rendre sur place. Au plus juste aussi.

Paru dans Libération du 14/06/2011


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