mercredi 6 mai 2009 17:25
J.J. Abrams met du Kirk à l’ouvrage
Téléportation. Nouvelle adaptation de bonne facture de « Star Trek ».
par Olivier Séguret
tag : geek
Kirk et Spock dans un nouveau voyage d’Enterprise. - Photo Industrial Light and Magic
Star Trek de J.J. Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana, Karl Urban, Leonard Nimoy… 2 h 08.
Un peu comme il y eut « le King Kong de Peter Jackson », nous arrive aujourd’hui « le Star Trek de J.J. Abrams », à telle enseigne que le film ne porte pas d’autre nom que cette marque générique : Star Trek. Ce n’est pas l’épisode numéro tant, c’est Star Trek en substance, symbole entre tous du space-opera télévisuel. Pour que ce soit clair, ce film feint d’être le premier de sa lignée et se présente à nous avec la convention effrontée d’appartenir au monde d’avant Star Trek, dont il va nous raconter la genèse. Comment le turbulent gamin James Tiberius Kirk est-il devenu le capitaine de l’Enterprise ? Comment ce vaisseau légendaire a-t-il été construit ? Et comment le héros terrien a-t-il rencontré celui de Vulcain, Spock, dont nous découvrons aussi la relative jeunesse ? Voilà sur quoi repose la promesse programmatique de ce Star Trek nouvelle mouture, auquel J.J. Abrams apporte une modernité finalement assez austère et dégraissée. Dans un équilibre compact entre le nerf et le neurone, l’action et le verbe, l’épopée et la romance, le cinéaste livre un film commercial qui répond à tous les critères de la commande. Abrams n’en néglige pas pour autant sa propre légende et s’emploie aussi à configurer le monde de Star Trek selon des jeux identitaires et des schémas mentaux dont il s’est fait le spécialiste populaire et sophistiqué. Le terrain était de toute façon propice : Star Trek est depuis toujours un chaudron à déviances. Le gène pop, le gène psychotrope, le gène quantique, celui de l’utopie, du postmodernisme et du darwinisme font partie, entre mille autres, de son intarissable ADN. Abrams s’en tient à quelques expériences limitées mais efficaces : une femme verte, un vaisseau au design Courrèges, Spock à la harpe… L’idée de mettre le film dans une perspective de faux premier épisode ressemble d’abord à un geste d’affection à l’égard des foules trekkies, communauté plus ou moins formelle de fans plus fidèles encore que ceux de Star Wars. L’adresse est astucieuse, mais elle ne serait que cela si Abrams ne la pulvérisait au mitan du film, en ayant recours au plus trivial et délicat subterfuge SF, le voyage dans le temps. La boucle est ainsi bouclée : la page virginale sur laquelle le film prétendait naître se voit tout à coup chargée de l’histoire au futur, celle que nous connaissons. Nous en savons subitement plus que les héros, mystifiés par une innocence qui les piège. Une voix émane de l’écran : « Vous voulez dire une réalité alternée ? » Une autre répond : « Oui. » Naturellement, Abrams s’amuse. Il ne théorise rien et réduit même au strict minimum les pensums conclusifs qui pendouillent si souvent à la traîne de ce genre de films. Sa distribution est d’un bon goût qui ne casse pas la baraque : essentiellement un duo Pine/Quinto, troublé par le méchant Romulien Eric Bana, peut-être le meilleur dans cette affaire, exception faite du Spock historique Nimoy. Mais du point de vue du corpus Star Trek comme de celui du cinéma, il n’y a que du plaisir à prendre dans ce confortable spectacle.
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