samedi 17 juin 2006 12:23
J’ai la « Guitar Hero » qui me démange
Pour jouer à Jimi Hendrix, on connaissait le bon vieux truc du manche à balais... Voici la « Guitar Hero », en plastique avec ses gros boutons colorés, pour se la donner grave devant un écran qui dicte quoi faire et où s’excitent des groupies en délire. Yeah !
par Erwan Cario
Guitar Hero Harmonix, pour PS2, 80 euros (avec la guitare).
C’est une revanche. Celle du gamer sur une époque où il enrageait en écoutant des sous-gratteux assassiner Stairway to Heaven, alors que lui désespérait de jamais dépasser le stade de Jeux interdits. « Jouer de la musique est une expérience profondément jouissive. Mais seules quelques personnes y ont accès, juste parce que c’est trop difficile ! », expliquait Alex Rigopulos, le PDG d’Harmonix, lors du dernier Game Hotel à Paris. Guitar Hero compte bien réparer cette injustice. Le jeu est livré avec un périphérique hors du commun : une guitare, modèle réduit, en plastique. Avec cinq boutons sur le manche, un switch faisant office de médiator pour la main droite, une bandoulière, et une prise de pad à brancher sur la console en guise de jack. Comme tous les rhythm games, Guitar Hero change la relation au jeu. La polarisation de l’interactivité est inversée. Le joueur, habitué à manipuler et à contrôler les éléments présents à l’écran, devient brusquement l’esclave de la console. Celle-ci lui dicte ce qu’il doit faire et quand. Accompagnant les morceaux de rock (de la pop de Franz Ferdinand au metal de Pantera en passant par des classiques comme Ziggy Stardust de David Bowie), des ronds colorés, correspondant chacun à une touche du manche, défilent. Il suffit alors d’appuyer au bon moment, en rythme, et la magie opère. Tant que le joueur assure, les riffs de guitare s’enchaînent. S’il dérape, un « bloink » disgracieux sanctionne le faux pas. En cas d’accumulation d’erreurs, le public finit par siffler et le morceau s’arrête. Humiliation ultime. Car l’injustice est toujours là. S’il est aujourd’hui reconnu que le jeu vidéo accroît sensiblement l’agilité du pouce, il n’en va pas de même pour les quatre autres doigts. L’index peut, à la limite, servir aux gâchettes, mais les trois restants sont cantonnés au rôle de pince à pad. Ici, c’est l’inverse. Sur le manche de guitare, il faut positionner ses doigts comme un vrai musicien. Et il est à parier qu’un guitariste aura bien plus de facilité à enchaîner les combinaisons de touches qu’un joueur. Surtout lorsqu’on dépasse le niveau facile et que la quatrième, puis la cinquième touches deviennent indispensables. Car le doigt de l’inégalité est le petit. Considéré comme génétiquement absurde et quasi obsolète pour les gamers, il est indispensable au guitariste. Enchaîner des séries de touches variant à chaque demi-mesure sans lui se révèle un calvaire proche de l’impossible. Il faut donc vite se rendre à l’évidence : ici, il s’agit bel et bien d’apprendre à jouer de la guitare.
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