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mercredi 3 septembre 2008 07:50

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« J’avais peur, c’est ce qui m’a permis de devenir Anna »

Morjana Alaoui, 26 ans, actrice, revient sur l’expérience « Martyrs ».

par Bruno Icher

tag : interview

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Avec « Martyrs », Pascal Laugier manie l’épouvante avec brio et renouvèle le genre jusqu’à l’hypnose.

Morjana Alaoui partage l’affiche de Martyrs avec Mylène Jampanoï. Un duo vicelard et douloureux qui fera date. Si la noirceur menaçante du regard de Mylène Jampanoï la destinait presque naturellement à incarner Lucie, il était moins évident de confier le rôle d’Anna à cette jeune femme frêle et un peu timide, née à Casablanca il y a 26 ans. Martyrs n’est que son deuxième film et son irruption dans le monde du cinéma relève quasiment du hasard. Après avoir passé son bac dans sa ville natale et un bref séjour dans une fac de Floride, elle débarque à l’Université américaine de Paris pour passer son diplôme de journalisme et communication avant de tourner Marock, de Laïla Marrakchi, en 2004. Encore sous le charme de l’expérience intense du tournage de Martyrs, Morjana Alaoui raconte les circonstances de sa performance.

Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?
Le rôle était à l’origine pour Vahina Giocante, mais elle s’est finalement désistée. Pascal Laugier s’est alors mis à la recherche d’une comédienne. Quelqu’un de son entourage lui a conseillé de regarder Marock et il m’a aussitôt envoyé un exemplaire du scénario. J’étais totalement enthousiaste, surtout que dix minutes après notre première entrevue, il m’a donné le rôle. Comme ça, sans bout d’essai, sans casting.

C’est votre deuxième film, mais le métier de comédienne n’était pas votre premier choix…
Effectivement, je faisais des études de communication et de journalisme quand Leïla Marrakchi, qui est ma cousine, m’a demandé de jouer dans Marock. Elle ne s’était pas trompée, je me suis trouvé beaucoup de points communs avec l’héroïne du film. Je suis tombée amoureuse de ce métier et, à la fin du tournage, j’ai aussitôt décidé d’abandonner mes études pour me consacrer entièrement au métier d’actrice. C’est amusant d’ailleurs car, après Marock, je n’ai décroché aucune audition. J’ai fait des tas de castings où j’ai été refusée, à Paris mais aussi à Los Angeles où, franchement, j’ai tout foiré. Je crois que j’étais un peu trop impressionnée par leur professionnalisme. Quand on arrive pour faire un essai, le directeur de casting ne vous dit pas un mot, quelqu’un vous donne un bout de texte et puis voilà, il faut se débrouiller ! Bref, j’ai fini par me décourager et j’étais sur le point de reprendre mes études quand le scénario de Martyrs est arrivé dans ma boîte. Pour ma réinscription à l’université, je devais déposer mon dossier le lendemain de mon entrevue avec Pascal. Je n’y suis jamais allée.

Vous n’avez pas hésité ?
Pas une seconde. J’ai raté pas mal de castings, mais j’ai aussi refusé des rôles de beurette de banlieue, du genre « mes quatre frères me cassent la gueule quand je bois un café avec ma cousine ». Aussi, quand j’ai lu le scénario de Martyrs, j’ai sauté de joie. Je me suis immédiatement sentie concernée par cette jeune fille, proche d’elle. C’était une époque où je me sentais un peu seule, pas très à l’aise, sans véritable repère, toujours un peu en colère aussi. Finalement, grâce au travail préparatoire avec l’équipe, et évidemment le réalisateur, je suis entrée dans le rôle presque naturellement.

Pourtant, pour une jeune actrice, il y aurait eu de quoi avoir un peu peur de tourner dans un film axé sur une telle violence…
Bien sûr que j’avais peur, mais c’est aussi ce qui m’a permis de devenir Anna. Au départ, je me forçais à penser aux moments les plus sombres de ma vie. Ceux-là même que je m’efforce de chasser de mes pensées. Par la suite, une panique de ne pas savoir ce que j’allais faire devant la caméra s’est emparée de moi et ne m’a plus quitté une minute pendant tout le tournage. Le soir, je m’endormais en Anna. A tel point que l’équipe avait pitié de moi (rires). Il y avait une tension permanente, une urgence pendant le tournage. Nous étions au Canada, en huis clos dans cette grande maison, et rien n’a été facile. Quatre chefs opérateurs se sont succédés. J’ai même eu un accident où je me suis cassé la jambe, le coude et le bras. Il a fallu interrompre le tournage pendant six semaines, une catastrophe pour n’importe quelle production…

Après le tournage, vous avez eu du mal à vous débarrasser d’Anna ?
Beaucoup moins que je ne le pensais. En réalité, dès que je me suis installée dans l’avion du retour, je l’avais quitté. De manière définitive, et je crois que c’est bien mieux comme ça.

Vous avez un goût pour le film horrifique ?
Oui, je commence vraiment à m’y intéresser et j’aime beaucoup les films de Rob Zombie, par exemple. Parmi les choses qui me passionnent en ce moment, j’ai découvert le documentaire sur [le dessinateur] Crumb ou encore Ghost World, le film de Terry Zwigoff d’après la BD de Daniel Clowes.C’est le genre de rôles que j’aimerais vraiment décrocher.

Cette fois, il semble bien que vous avez choisi de quoi sera fait votre avenir…
Oui, bien que pour l’instant, je n’ai pas encore de proposition. Un film allemand peut-être, mais rien n’est fait. Sinon, je casse la tête de Gaspar Noé presque tous les jours pour qu’il me prenne dans son prochain film.


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