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jeudi 10 septembre 2009 18:45

  • télévision

Jack reprend du sévice

Canal + entame ce soir la diffusion de la 7e saison de « 24 Heures chrono ». Avec une Présidente, des complots et des WC murés. Et Carla Bruni (ou presque).

par Bruno Icher, Gérard Lefort

tag : série

DR

24 heures chrono, saison 7. Série, 1 et 2/24, Canal +, 20 h 45.

Vous savez quoi ? 24 Heures, ça recommence. Ce qui est déjà en soi un abîme théorique que n’aurait pas renié l’impayable Heidegger (auteur du hit Sein und Zeit, est-il besoin de le rappeler à ceux qui n’avaient pas pris « nazisme et tolérance » en option au bac mais « Hitler était-il pédé  ? »). Plus prosaïquement, l’annonce a de quoi faire bailler au-delà des corneilles. 7e saison  ? Autrement dit l’éternel retour. As d’hab’, Djak Bauer, qui a sur le feu au minimum la tentative d’extermination du genre humain par des gens de couleur et/ou, plombier de l’impossible, le rebouchage du trou dans la couche d’ozone avec les dents. Le tout en vingt-quatre heures car sinon cela obligerait à rebaptiser la série  : Minute papillon (en hommage à l’effet du même nom), What Else  ? (pour l’aspect espresso du problème) ou bien en hommage à Alfred Jarry, l’increvable Pas une pinute à merdre. Bref la promesse d’une vraie alternative somnifère qui serait au Dodonormyl ce que la toilette sèche est aux bons vieux vatères. Sauf que non.

Sept minutes quarante après le début du premier épisode, nous voilà de nouveau poissés la main dans le pot de Nutella jusqu’à l’aisselle. Autre explication plausible à cette subite quoique récurrente addiction  : Canal + a enduit les DVD test de crack liquide indétectable. Pourtant, tout recommence comme toujours. Le jour se lève à Washington et une certaine indolence traîne dans les couloirs du pouvoir. Normal, c’est le matin (en VO dès potron pussy). Moins normal, Djak est en costume cravate, première anomalie, et de surcroît à la barre des accusés d’une commission sénatoriale enquêtant sur ses méthodes non appropriées au cours de ses missions (en français  : gégène sur les roubignoles, plomb fondu dans le fion, tarentules à jeun dans les narines, etc., liste complète sur le site www.cia.com). A cet instant, on craint que les 23 h 53 qui vont suivre seront exclusivement consacrées à observer les 247 ans de réclusion en isolement sévère qui menacent Djak.

Heureusement Carla Bruni – ou presque – déboule dans le prétoire. En fait, il s’agit de Weneey (en français  : Renée, l’actrice Annie Wersching, sosie de la première dame de France), ravissante responsable du FBI qui a décidé ex abrupto d’interrompre le cours de la démocratie pour remettre Djak aux affaires. Il faut dire qu’il est déjà 8.10 am et qu’on commençait à somnoler sévère. De quoi qu’est-ce  ? La routine mais un peu désordre. En gros, la menace imminente d’un carambolage maousse de jumbo-jets dans l’espace aérien des Etats-Unis d’Amérique. C’est tout  ? Une légère déception nous saisit, mais c’était sans compter sur les ressources des scénaristes qui ont manifestement usé et abusé de la même substance illicite dont Canal + a tartiné ses DVD.

DR

A partir de dorénavant, prière de suivre le fil de l’histoire avec son doigt ou de s’en foutre. Car il semblerait que le complot mené par des gens de couleur même pas citoyens américains vise à dégommer la présidente des Etats-Unis d’Amérique. Pardon  ? LA Présidente  ? Eh oui, car visionnaire ou en retard de trois TGV, les auteurs avaient misé sur Hillary. A leur décharge, ce sont les mêmes qui avaient propulsé, dès la saison 2, un Noir chic et brillant à la Maison Blanche. La présidente Allison Taylor donc, est une sorte de mélange optique d’Hillary Clinton, d’Angela Merkel et de Simone Veil. La malheureuse vient d’enterrer son fils, est sur le point de perdre son mari et est affligée d’une fille, Olivia (a.k.a. Olly pour les intimes du bureau ovale), over salope mais pas tout le temps.

Il serait cruel de raconter la fin. Et pourtant, c’est précisément ce que l’on va faire… A cet instant, imaginant les réactions de nos millions de lecteurs de la nouvelle formule de Libé (du malaise vagal à la menace de grenade dégoupillée dans le slip), nous renonçons. Quoique… Ce principe d’ambivalence permanente est tout de même le ressort majeur de la série. Les salauds sont des gentils, les morts sont des vivants, les puissants sont des faibles, etc. Peut-on souhaiter que, sur ce principe cross gender, dans la prochaine et dernière saison, actuellement en tournage, les filles soient des garçons, les Noirs soient des Blancs, les Levantins soient des Texans  ?

Toujours au rayon du patrimoine maison, 24 Heures reconduit tous ses tics. Le portable, sans quoi l’intégralité du scénario tombe en poussière. L’hygiène discutable de tous les protagonistes qui à l’instar de Djak ne se lavent jamais, même pas les dents. Ils ne mangent pas non plus, boivent peu, quant à la bagatelle… Et on notera que, dans 24 Heures, les WC sont définitivement murés de l’intérieur.

Déjà très présent dans les six saisons précédentes, l’ordinateur tout puissant (généralement des Mac) est au centre de la quasi-totalité de l’action, bénéficiant qui plus est du dernier cri du logiciel, entre « laisse-moi deux secondes que je repositionne le satellite » et « est-ce que tu peux zoomer sur les points noirs de la Présidente ». C’est aux claviers de ces terribles engins qu’officient nos deux personnages chéris. D’une part Chloé (Mary Lynn Rajskub), vieille connaissance et fidèle à Djak, geek boudeuse mais surdouée (surtout quand il s’agit de zoomer sur les points noirs de la Présidente). D’autre part, Janis (Janeane Garofalo), légaliste de la CIA et reine de la bricole sur le Net. A part ça, tout le monde est crétin, avec mention spéciale au boss du FBI qui, même mort, joue très très mal.

Comme Nietzsche l’écrivait dans… « TROU TROU TRI TROUUUU » Pardon, on nous appelle sur le fixe. « —… — Oui, Laurent  ? —… —Comment ça licenciés secs sans indem  ? »

Paru dans Libération du 10 septembre 2009

Sur le même sujet :
16 minutes chrono avec Bauer


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