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jeudi 11 février 2010 15:32

  • cinéma

Jackson faille

par Olivier Séguret

DR

Lovely Bones
de Peter Jackson
avec Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Susan Sarandon, Rachel Weisz…
2 h 08.

Nous, spectateurs, savons très vite qui a violé puis tué la jeune, gentille et jolie Susie, et il n’y a aucun risque de lancer un spoiler provocateur en disant que c’est son voisin. Une fois cela dit, le mystère de Lovely Bones n’en reste pas moins épais pour tout le monde. Pour la famille de Susie, qui ignore qui est l’assassin mais a de gros doutes, comme pour le spectateur qui découvre que cette morte n’a pas tout à fait disparu, qu’elle flotte dans un purgatoire inaccessible aux vivants (mais pas au cinéaste) et depuis lequel elle les veille, guide et protège…

Lovely Bones est adapté du roman éponyme d’Alice Sebold, paru en France sous le titre la Nostalgie de l’ange et par ailleurs best-seller international. Plus que l’histoire d’une morte, c’est l’histoire d’une mort et de ses déflagrations chez ceux qui restent (et qu’on aimerait bien consoler dans le cas du père, Mark Wahlberg, ou de la mère-grand, Susan Sarandon). Le défi, sinon l’intérêt, que le film propose tient à l’imaginaire développé, au pinceau numérique, pour représenter les limbes à demi fantastiques où erre la jeune fille.

Peter Jackson donne le sentiment d’irriguer très distraitement ce champ libre de la forme, sans ligne générale, ni échine poétique, en actionnant de temps à autre la pompe de son petit univers référencé, vaguement surréaliste (de Magritte à Escher) et informé de popculture (hommage au jeu Flower, entre autres vues qui flatteront le gamer). Cet ensemble esthétique presque autonome à l’intérieur du film aurait pu former le terrain de jeu, d’expériences et de visions servant d’alibi aux fadaises de la fiction environnante. On aurait compris, puisqu’on éprouve encore assez d’estime pour Jackson pour lui inventer ce genre d’excuse. Or pas du tout : c’est la part la plus ratée du film, son vitrail ampoulé, qui s’affaisse en nunucheries et fausses audaces.

Le seul vrai mystère de ce film reste entier longtemps après sa fin : pour quelle raison exactement Peter Jackson, après le Seigneur des anneaux et King Kong, raconte-t-il cette histoire ? Dans ses déclarations, on ne trouve pas d’autre explication que cela : le besoin de communiquer l’émotion puissante qu’il a ressentie en lisant le livre. C’est peut-être là le drame. Lovely Bones réchauffe un émoi mièvre déjà mijoté par une littérature superficielle qui, sur un modèle proche de Marc Levy, fait son miel d’une représentation particulièrement naïve et mijaurée des choses de l’au-delà.

Paru dans Libération du 10 février 2010


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